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TOULOUSE : Nicolas MICHEL : « La France doit s’inspirer de ses voisins pour la facturation électronique »
Alors que l’e-invoicing devient obligatoire en septembre 2026, l’analyse des modèles belges ou italiens révèle de précieuses leçons pour la France.
À l’approche de la généralisation de la facturation électronique en France, prévue pour septembre 2026, les entreprises scrutent les expériences des pays voisins pour anticiper les défis à venir. Dans une analyse comparative, Nicolas Michel, cofondateur et directeur de la technologie (CTO) d’Axonaut, souligne que si toute l’Europe converge vers cette obligation d’ici 2030, les stratégies de mise en œuvre varient considérablement. De la validation des factures aux sanctions, en passant par les aides financières, les modèles européens offrent des enseignements cruciaux pour garantir une transition réussie dans l’Hexagone.
Validation : la France opte pour la souplesse
Une divergence fondamentale entre les pays réside dans le rôle de l’État. L’Italie, la Pologne ou encore la Grèce ont adopté un modèle de « clearance », où une facture n’acquiert sa valeur juridique qu’après avoir été validée par une plateforme étatique. Si ce système garantit une conformité absolue en amont, il présente un risque de paralysie généralisée en cas de panne technique des services publics. La France a choisi une voie différente et plus souple. Les entreprises transmettront les données de facturation à l’administration fiscale via des plateformes certifiées, mais l’État n’interviendra pas pour valider chaque document avant son émission.
« Ce modèle limite les risques de blocage en permettant une circulation plus fluide des flux comptables entre les entreprises », analyse Nicolas Michel.
Cette approche privilégie la continuité de l’activité économique tout en assurant la collecte des données pour la lutte contre la fraude à la TVA.
Des incitations fiscales absentes en France
Pour encourager une adoption rapide et efficace, plusieurs gouvernements européens ont déployé des aides financières significatives.
La Belgique propose ainsi une déduction fiscale majorée à 120 % sur les frais liés à la transition (abonnements logiciels, formations) pour les petites entreprises entre 2024 et 2027 (https://efacture.belgium.be/fr/article/incitants-fiscaux-ladoption-de-la-facturation-electronique).
Le Luxembourg va plus loin avec des subventions pouvant couvrir jusqu’à 70 % des coûts de digitalisation via le programme SME Packages Digital (https://guichet.public.lu/fr/entreprises/financement-aides/regime-sme-packages/soutien-pme/sme-packages-digital.html).
La Grèce a quant à elle instauré une déduction de 100 % des dépenses d’équipement pour les entreprises anticipant l’obligation (https://kpmg.com/us/en/taxnewsflash/news/2025/09/greece-procedure-claim-incentives-early-implementation-e-invoicing.html).
En France, l’accompagnement de l’État reste pour l’heure théorique, se limitant à des guides pratiques et des conseils, sans aucun dispositif de subvention directe pour aider les entrepreneurs à financer cet investissement obligatoire.
Tolérance de transition : le flou français
La gestion de la période d’adaptation est un autre point de comparaison essentiel. Conscients de la complexité technique de la réforme, certains pays ont prévu des périodes de grâce.
La Belgique accordera trois mois de tolérance après l’échéance du 1er janvier 2026 pour permettre aux entreprises de se mettre en conformité sans sanction (https://efacture.belgium.be/fr/news/periode-de-tolerance-pendant-les-trois-premiers-mois-de-2026).
La Pologne a même annoncé une période d’un an durant laquelle les pénalités pour erreurs initiales seront limitées (https://ksef.podatki.gov.pl/pytania-i-odpowiedzi-ksef-20).
Le calendrier français, qui s’étale de 2026 à 2027, est conçu pour être progressif, mais aucune période de tolérance formelle n’a été annoncée. Cette absence de souplesse officielle pourrait placer les petites entreprises en difficulté dès les premiers jours de l’application de la loi.
Des sanctions plus clémentes mais fermes
En cas de non-respect de l’obligation, les sanctions varient fortement d’un pays à l’autre. L’Italie applique des amendes allant de 250 € à 2 000 € par facture non conforme, un montant qui peut exploser en cas de fraude avérée à la TVA. La Belgique prévoit des pénalités progressives de 1 500 € à 5 000 € par infraction constatée.
Le modèle français apparaît plus mesuré : l’amende est fixée à 15 € par facture non émise au format électronique, avec un plafond annuel de 15 000 € par entreprise (https://bpifrance-creation.fr/encyclopedie/gerer-lentreprise/gestion-financiere-comptable/facturation-electronique-obligation-e).
Ce système, bien que dissuasif, protège les entreprises contre des sanctions disproportionnées liées à des erreurs de démarrage.
Pour Nicolas Michel, « s’inspirer des bonnes pratiques de nos voisins, notamment en matière d’incitations fiscales, peut épargner aux entrepreneurs le stress associé à cette transition et accélérer la modernisation de la comptabilité des entreprises françaises ».

