Passer au contenu principal

TOULOUSE : Henri GOURSAU : « N’abandonnons pas les langues…

Partager :

TOULOUSE : Henri GOURSAU : « N’abandonnons pas les langues historiques de nos territoires »

Henri Goursau publie un dictionnaire des parlers occitans pour sauvegarder ce patrimoine linguistique menacé de disparition.

Face à l’érosion progressive des langues régionales, le lexicographe Henri Goursau, basé en région toulousaine, mène un combat pour la préservation du patrimoine linguistique occitan. Son dernier ouvrage, le « Dictionnaire de la langue occitane », compile 200 phrases de la vie courante traduites dans 19 variantes de la langue, du gascon bigourdan au provençal, en passant par le languedocien.

Une initiative née d’une histoire personnelle et d’une conviction profonde :

La disparition d’une langue est une perte irréparable pour la culture.

Un combat personnel enraciné dans l’enfance

Pour Henri Goursau, né à Arrens-Marsous dans les Hautes-Pyrénées, la défense de l’occitan est une démarche intime. Sa langue maternelle n’était pas le français, mais le patois local.

« À Arrens-Marsous en Bigorre, où je suis né, il y a bien longtemps déjà, on disait qu’on parlait le ‘patois’ et maintenant on dit le gascon ou l’occitan », se souvient-il.

Son apprentissage du français à l’école, à l’âge de cinq ans, fut une épreuve, partagée par de nombreux enfants du monde rural de l’époque.

« Depuis la naissance nous avions baigné en permanence dans la langue locale et l’apprentissage du français n’a pas été simple. Mais à force de punitions, de brimades et de temps, c’est rentré… », confie-t-il.

Cette expérience a forgé sa détermination à redonner ses lettres de noblesse à une langue longtemps dévalorisée. Aujourd’hui encore, l’occitan reste une langue vivante au sein de son foyer. « Avec mon épouse originaire également des Pyrénées, nous nous parlons assez souvent en patois. Ça permet à nos enfants et petits-enfants de ne pas comprendre certaines conversations… », glisse-t-il avec humour.

Un outil pour préserver une richesse menacée

Le dictionnaire a été conçu comme un outil pratique, grâce à la collaboration d’éminents linguistes, de locateurs et de militants représentant chacun une région d’Occitanie. L’ouvrage couvre les six dialectes principaux (provençal, languedocien, gascon, limousin, auvergnat et vivaro-alpin) et leurs variations locales. L’objectif est de montrer que l’occitan est la somme de ses parlers, une richesse façonnée au fil des siècles dans des villages qui vivaient en quasi-autarcie.

Henri Goursau rappelle que cette langue, souvent qualifiée péjorativement de « patois » pour la dénigrer, est d’une grande subtilité.

« L’occitan ou le patois est une langue beaucoup plus riche que la langue française en nombre de mots, de formules imagées et d’expressions typiques […]. Une véritable culture, au sens ethnologique, qui constitue notre patrimoine », souligne le lexicographe.

Il lance un appel à la prise de conscience collective face à l’urgence de la situation, certaines variantes n’étant plus parlées que par une poignée de locuteurs très âgés.

« Quand une langue disparaît, ce sont des connaissances ancestrales qui s’envolent avec elle », s’inquiète-t-il.

Des projets tournés vers l’avenir

La démarche d’Henri Goursau ne s’arrête pas à cet ouvrage. Un dictionnaire bigourdan/français, plus exhaustif avec près de 20 000 phrases, est en préparation. Il travaille également sur un traducteur en ligne (https://goursautranslate.com/) qui intégrera le bigourdan et le béarnais, ainsi que sur un projet ambitieux de modèle conversationnel généré par intelligence artificielle, capable de parler le gascon avec ses accents locaux pour en assurer la transmission aux futures générations.

De l’aéronautique à l’édition

Ancien technicien chez Air France, Henri Goursau s’est lancé dans l’édition en 1982 avec un premier dictionnaire bilingue dédié à l’aéronautique. Depuis, sa maison d’édition, basée à Saint-Orens-de-Gameville près de Toulouse, a publié une soixantaine d’ouvrages. Son engagement pour les langues s’était déjà illustré en 2022 avec la création de lexiques français/ukrainien pour aider les réfugiés, montrant une volonté constante de créer des ponts entre les cultures par le biais des mots.

Pour en savoir plus sur ses publications, consultez le site des éditions Goursau (http://www.goursau.com) et le projet de dictionnaire en cours (https://dicogoursau.com/).

via Presse Agence (rédigé à partir d’un communiqué de presse transmis à la rédaction).