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TOULON : « Seuls les fantômes », de Cyrille FALISSE

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TOULON : « Seuls les fantômes », de Cyrille FALISSE

Depuis que son ex l’a largué parce qu’il était « faible et fragile », Melvil déprime, avec l’impression tenace de promener un chien en deuil.

Le trentenaire travaille à Bruxelles dans une agence créative, ressasse, fume des joints, bande mais ne jouit plus. Sur les réseaux sociaux où il s’est réfugié, une rencontre virtuelle va réveiller ses disparues. Laetitia, la Galopante, Nina… Trois images manquantes, trois premières fois. L’occasion aussi pour Melvil de replonger dans sa jeunesse. Un voyage dans le temps où tournoient les voix du passé. Ses étés à Saint-Dalmas Valdeblore, les truites du Boréon, les émois et les malentendus… L’occasion ausi de réparer, peut-être, une partie de son passé. Dans une langue qui jaillit comme un torrent, Cyrille Falisse explore l’absence sous toutes ses formes et signe un premier roman à la poésie singulière, où un homme cherche sa place, où les fantômes parlent et consolent parfois.

En descendant de la Renault 21, j’étais barbouillé. Laetitia se tenait sur les marches, les bras croisés derrière le dos. La première fois qu’on regarde quelqu’un dans les yeux, que peut-on y lire ? Je restais planté là à la fixer, la main encore collée à la portière. Elle gigotait légèrement. Postée devant l’entrée de la résidence, aussi droite que les colonnettes semblables à des cure-dents qui soutenaient la toiture. Elle se décala à peine quand nous passâmes devant elle avec nos valises, elle sautillait à présent. Je tournai la tête. Elle nous suivait. Sa peau était brune. Ses yeux immenses. Ses cheveux touchaient presque le sol. Elle souriait. Il est impossible, à cet instant, que j’aie perçu l’étendue de sa beauté. Elle m’intimidait, ça oui. Le studio de mes grands-parents était au premier étage. Elle nous suivit dans l’escalier. Au bout du couloir, dernière porte à gauche, l’odeur typique d’un appartement qui n’a pas été aéré depuis longtemps. Son petit visage de chat dans l’embrasure de la porte. Quelqu’un cria dans le couloir. Elle partit à toute vitesse. Elle disparut dans le long couloir et grimpa au second. Je m’aventurai derrière elle jusqu’à l’escalier, les marches s’effacèrent une à une dans le noir. La peur d’être englouti, dévoré, par cet inconnu qui m’attirait à lui.

Né en 1976, Cyrille Falisse a grandi à Bruxelles et a longtemps écrit sur le cinéma. Il est aujourd’hui libraire en Provence. Seuls les fantômes est son premier roman.