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TOULON : Narcotrafic – L’État s’adapte à l’« ubérisation » des points de deal dans le Var

Un an après la loi sur le narcotrafic, le préfet du Var dresse le bilan d’une lutte qui s’adapte à la mutation des points de deal.

À l’occasion du premier anniversaire de la loi du 13 juin 2025 visant à renforcer la lutte contre le narcotrafic, le préfet du Var, aux côtés des procureurs de Toulon et de Draguignan, a présenté ce mardi 16 juin 2026 un point d’étape sur les actions menées dans le département. Le constat est clair : la pression des forces de sécurité a contraint les trafiquants à transformer radicalement leurs méthodes, délaissant les points de deal physiques au profit d’une délinquance plus numérique et mobile.

Une pression qui contraint le trafic à muter

Les efforts conjoints de la police, de la gendarmerie et des douanes portent leurs fruits sur le terrain. Les chiffres des cinq premiers mois de 2026 montrent une baisse de 2,4 % des infractions liées au trafic de stupéfiants par rapport à la même période en 2025. De même, les amendes pour occupation de hall d’immeuble ont diminué de 6 %.

Cette tendance s’explique par une profonde mutation des pratiques. Sous l’effet des opérations de « pilonnage », sur les 35 points de deal historiques recensés par l’Office anti-stupéfiants (OFAST) dans le Var, seuls 13 sont encore actifs de manière continue. Les trafiquants ont massivement basculé vers un modèle d’« ubérisation », utilisant les réseaux sociaux comme TikTok, Snapchat ou Telegram pour prendre les commandes et organiser des livraisons en véhicule ou en trottinette. Le point de deal physique est remplacé par un point de contact numérique, rendant la surveillance plus complexe.

Des saisies et des sanctions en hausse

Malgré cette évolution, la réponse de l’État se veut ferme et efficace. Le montant cumulé des amendes douanières a bondi de 36,3 % sur les cinq premiers mois de l’année. Plusieurs opérations d’envergure illustrent ce succès. En mai 2026, à La Seyne-sur-Mer, une enquête sur un compte Snapchat a conduit à l’interpellation d’un trafiquant et à la saisie de 6,5 kg de résine de cannabis et de 17 500 euros en numéraire. En mars, un réseau important important de la drogue d’Espagne a été démantelé, avec l’interpellation de huit individus et la saisie de 288 kg de résine de cannabis, plus de 130 000 euros, des armes et sept véhicules. Une société civile immobilière (SCI), créée pour blanchir les revenus, a vu 515 000 euros saisis sur son compte.

La loi de 2025, un nouvel arsenal administratif

La loi du 13 juin 2025 a doté les autorités de nouveaux outils administratifs pour frapper les trafics au cœur. Depuis son entrée en vigueur, cinq commerces utilisés pour la vente de produits stupéfiants ont fait l’objet d’arrêtés de fermeture. Au total, 124 interdictions de paraître ont été prononcées pour empêcher les trafiquants de s’implanter sur des points de deal.

La lutte s’étend également au logement. Vingt-quatre demandes d’expulsion ont été adressées à des bailleurs sociaux et privés concernant des locataires impliqués dans des trafics. Deux expulsions ont déjà été effectuées. La justice soutient cette démarche, comme en témoigne la résiliation du bail de la mère d’un trafiquant. Le juge a estimé que cette dernière, en laissant son fils stocker de la drogue à son domicile, avait violé son « obligation de jouir paisiblement des locaux loués ».

« En agissant ainsi, Mme C, qui est responsable du comportement adopté par les personnes résidant à ses côtés dans le logement pris à bail, a indubitablement violé son obligation de jouir paisiblement des locaux loués », a motivé le tribunal judiciaire de Toulon dans sa décision.

Enfin, une convention signée en décembre 2025 avec la Caisse d’Allocations Familiales (CAF) du Var permet de croiser les informations pour suspendre les prestations sociales perçues indûment par des individus tirant des revenus de leurs activités illicites.

L’État s’adapte aux nouvelles technologies et aux nouvelles cibles

Face à l’ubérisation, les services d’enquête se modernisent. Vingt-huit enquêteurs ont été formés pour opérer sous pseudonyme sur les réseaux sociaux, une technique qui a déjà permis de mener 37 enquêtes, conduisant à 43 interpellations et à des saisies significatives (21,4 kg de cannabis, 44 260 €). L’usage de drones par la police et la gendarmerie se généralise également pour surveiller les trafics discrètement et documenter les procédures judiciaires.

Une attention particulière est portée à l’implication croissante des mineurs. Le parquet de Draguignan a mis en place des procédures simplifiées pour apporter une réponse pénale rapide, comme des stages de sensibilisation ou des mesures de couvre-feu.

Un impact direct sur la sécurité routière

La lutte contre le narcotrafic est aussi un enjeu majeur de sécurité routière. En 2026, les conduites sous l’emprise de stupéfiants sont impliquées dans 15 % des accidents mortels dans le Var. Les contrôles sont intensifiés : sur les cinq premiers mois de 2026, 11 % des dépistages salivaires se sont révélés positifs. La loi de juillet 2025 créant l’homicide routier a d’ailleurs renforcé les sanctions, avec une suspension systématique du permis de conduire pour tout conducteur contrôlé positif aux stupéfiants.

via Presse Agence (rédigé à partir d’un communiqué de presse transmis à la rédaction).