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TOULON : François de CANSON : « Traiter de l’eau en Prove…

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Gilles Carvoyeur
28 Nov 2023

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TOULON : François de CANSON : « Traiter de l’eau en Provence, c’est se confronter à des paradoxes » !

Le mardi 28 novembre à 10 heures, dans les salons d’honneur Hôtel du Département, Jean-Louis Masson, président du Département, a procédé à la signature officielle du marché Var Eau 2050 et de l’accord de soutien des partenaires financiers, en présence de François de Canson, vice-président de la Région Sud.

L’intervention de François de Canson :

Traiter de l’eau en Provence, c’est inexorablement se confronter à des paradoxes… une alternance de trop ou pas assez.

Les différences de ressources en eau, importantes au nord (Alpes du Sud) et limitées au sud (basse Provence) sont aggravées par l’existence, en zone méditerranéenne, d’une période sèche estivale.

Gérer la rareté hydrique et sa disponibilité hétérogène est l’histoire de notre région, qui a souffert historiquement de la sécheresse et qui a déployé l’ingéniosité des hommes pour y remédier.

Des glaciers des Alpes aux villes des franges côtières l’eau circule, non pas dans un continuum naturel mais grâce à de nombreux aménagements, dont certains peuvent être datés de l’époque romaine. Dériver l’eau, la stocker, la conduire là où elle faisait défaut, a été l’œuvre des différentes sociétés qui nous ont précédées.

Les procédés utilisés ont été aussi ingénieux que nécessaires, captage de sources, creusement de puits, de galeries souterraines, construction de restanques, et surtout édification de canaux utilisés d’abord pour les moulins puis pour l’agriculture et l’énergie électrique. Les derniers grands aménagements hydrauliques de la Durance et du Verdon dans les années 1960-70 (barrages de Serre-Ponçon et de Sainte Croix ; canal usinier EDF et canal de Provence), ont sécurisé l’accès à la ressource pour une grande partie de la région. C’est donc grâce à un long et laborieux affranchissement des conditions naturelles du territoire que l’on peut aujourd’hui se féliciter d’une grande disponibilité de la ressource en eau pour les différents usages régionaux. Ces aménagements ont fortement réduit les inégalités territoriales d’accès à la ressource en eau et ont permis, grâce aux stockages, de s’affranchir d’une partie des contraintes saisonnières et géographiques. Mais lors des années de forte sécheresse (2003-2007 ou plus récemment 2022), les tensions restent toutefois perceptibles et l’équilibre autour de la multiplicité des usages pourrait s’avérer fragile dans un futur soumis au changement climatique.

Le confort qui est le nôtre aujourd’hui est donc le fruit d’innovations majeures, de l’audace des hommes, d’ouvrages uniques en Europe …

A titre d’exemple, au XXe siècle, nous avons créé la Société du Canal de Provence, qui est devenu un fleuron euro-méditerranéen sur le sujet de l’eau :

–       2,7 Milliards de patrimoine,

–       210 km d’ouvrages de transport,

–       5600 km de canalisations d’adduction,

–       4 grands barrages,

–       80 réserves de proximité …

Le confort qui est le nôtre depuis des décennies a un peu étouffé la réalité qui préexistait.

L’accélération du changement climatique nous remet donc logiquement dans une nécessaire dynamique faite de sobriété, de solidarité et d’innovation… choses que nous éludions un peu … par confort.

Le constat est assez simple : nous étions hier à Marseille avec le ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires Christophe Béchu.

Si l’on reprend 3 de ses grands chiffres pour la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur :

–        +3,7 degrés de température moyenne en été en 2100, la différence qu’il y a aujourd’hui entre Marseille et Tunis.

–        43 nuits tropicales en plus par an en 2100 (il n’y en avait que 4 en 2005)

–        Moins 18% de précipitations en été

À la lueur de ces résultats, comment appréhender dès aujourd’hui la gestion de la ressource pour assurer un accès à tous dans le futur, en tenant compte à la fois des contraintes géographiques, écologiques et culturelles spécifiques à notre territoire régional, mais aussi des transformations économiques et démographiques potentielles ? Comment minorer les conflits d’usages ?

L’ensemble de ces questions prennent une dimension toute particulière dans notre département du Var qui agrège des caractéristiques spécifiques, premier département touristique, premier département boisé, premier département producteur de vins rosés, de figues, de miel…

Alors nous pourrions nous satisfaire de succès d’estrade, avec le Président Masson, avec Monsieur le Préfet nous pourrions à renfort de belles phrases et de grandes affirmations flouter la réalité et éloigner les vrais débats. Seulement, en charge de la construction de l’avenir de nos territoires, il nous faut accélérer sans posture, assumer la nuance, imaginer les équilibres.

Il nous faut ensemble mesurer la hauteur de la marche à passer et nous coordonner pour la franchir ensemble Etat Région Département et territoires. Si je ne devais prendre que l’exemple de la réutilisation des eaux usées… le chemin à parcourir est dantesque, nous la pratiquons 10 fois moins qu’en Italie, 20 fois moins qu’en Espagne, alors que dans ces pays ce sont nos opérateurs français qui sont à la manœuvre. La gestion de l’eau est comme nombre de sujets en prise à de nombreuses injonctions contradictoires, mais de grâce avançons…

Pour cela il nous faut des aides à la décision, des indicateurs stables et opposables. Aussi, le Président Renaud Muselier a tenu à être parmi les principaux financeurs de cette étude Var Eau 2050 avec l’Agence de l’Eau, et la Banque des Territoires, ce aux côtés et en appui du Département.

Disposer de données est la clef des bonnes décisions de demain et de l’orientation des investissements à venir. Vous trouverez la région à vos côtés sur tous les sujets relatifs à l’eau. A travers le plan Or bleu lancé il y a 6 ans, et repris en grande partie par le Président de la République lors de l’annonce du plan Eau à Savines le lac au mois de Mars, ce sont 3,5 milliards € d’investissement dans notre Région pour préserver l’eau. 

–        Un budget porté par l’agence de l’eau Rhône Med : 2,5 millards € jusqu’en 2028

–        Un budget sur l’hydraulique agricole de 1 millard € :

o  620 M€ investissement Société canal de Provence jusqu’en 2028

o  Projet Haute Provence Rhodanienne Nord Vaucluse : 105 M€

o  Investissements issus de l’étude Prohydra : 315 M€

Avec des projets très concrets :

–        Dérivation de l’étang de Berre : 1,3Millard de m3 eau douce pouvant être récupérés avec l’usine de Saint Chamas pour sauver notre étang de Berre et irriguer l’ensemble de la plaine de la Crau

–        Réutilisation des eaux usées :  Engagement d’arriver à 50 Millions de m3 d’eau économisés avec l’objectif de 10% de REUSE (Israël est à 90%, en Région 0,26%)

Nous avons déjà des projets concrets avec Véolia (ville d’Antibes pour nettoyer les rues, arrosage du golf de Sainte Maxime) avec Suez (Station de la ville de Nice déjà opérationnelle et en 2030 la station de la métropole de Nice qui traitera 70% des eaux usées) 

–        Equipement de 3 générateurs d’eau autonomes cet été pour fournir de l’eau via l’atmosphère en cas de crise de sècheresse (mobiles et déployables dans nos territoires)

–        Deux dispositifs vont être votés à la plénière de décembre : 

Installation de récupérateurs d’eau de pluie pour les particuliers (50% aide jusqu’à 6000€) 

Lutte contre les fuites dans les réseaux d’eau potable (aide de la Région à hauteur de 20% en lien avec l’agence de l’eau)

Ce dernier point est malheureusement une réalité à traiter en priorité et avec vigueur, qui aujourd’hui peut tolérer que plus de la moitié de l’eau de certains territoires se perde pour cause de réseaux non entretenus depuis des décennies. Comment expliquer en conscience à nos concitoyens qu’ils doivent faire preuve de solidarité, ne pas laver leur voiture, laisser leurs petits massifs fleuris mourir, ne pas toucher le niveau de leur piscine quand parallèlement à ça les réseaux publics sont défectueux. Nous acteurs territoriaux devons agir en responsabilité en nous appuyant sur les grandes entreprises de l’eau qui font la richesse de notre pays.

C’est d’une approche holistique, autrement dit globale, dont nous avons besoin qui laisse toute sa part à :

La sobriété et l’hydro-responsabilité dans tous nos domaines de compétence.

La solidarité entre amont et aval, entre agriculteurs et professionnels du tourisme, entre Etat et collectivités, entre usagers et aménageurs.

L’innovation.