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TOULON : Dr Pierre ANNEDE : « La radiothérapie adaptative nous permet de traiter des patients jusque-là inaccessibles »

À l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer le 4 février, focus sur la radiothérapie adaptative qui bouleverse les standards de soins en alliant ultra-précision et préservation de la qualité de vie.

Avec 433 000 nouveaux cas estimés chaque année en France, le cancer demeure un défi majeur de santé publique. Si l’incidence augmente, les progrès thérapeutiques permettent une baisse constante de la mortalité depuis vingt-cinq ans. Parmi ces avancées, la radiothérapie, qui concerne près de 60 % des patients, vit une véritable révolution technologique. À l’approche du 4 février, date symbolique de la mobilisation mondiale, les experts français mettent en lumière la radiothérapie adaptative, une technique capable d’ajuster le traitement en temps réel à l’anatomie du patient.

Une rupture technologique pour la précision

Le corps humain est en mouvement perpétuel : respiration, digestion, perte de poids modifient la position des organes et des tumeurs d’un jour à l’autre, voire pendant une même séance. La radiothérapie classique devait composer avec ces incertitudes en élargissant les marges de traitement, exposant parfois les tissus sains. L’arrivée des accélérateurs couplés à l’IRM (IRM-Linac) change la donne.

Développée notamment par l’entreprise suédoise Elekta (https://www.elekta.com/), cette technologie permet de visualiser la tumeur avec une netteté exceptionnelle pendant l’irradiation. « Ce qui a révolutionné la radiothérapie, c’est surtout l’imagerie […] et la possibilité de « re-contourer » de façon quotidienne les volumes cibles », explique Pierre Fau, physicien médical à l’Institut Paoli-Calmettes de Marseille.

À Toulon, une sécurité d’esprit inédite

Le Centre de radiothérapie Saint-Louis à Toulon, récemment équipé du système Unity IRM-Linac, observe déjà les bénéfices concrets de cette approche. Pour le Docteur Pierre Annede, oncologue radiothérapeute au sein de l’établissement, cette technologie ouvre des portes thérapeutiques jusqu’alors fermées.

« Le bénéfice indiscutable, c’est que nous pouvons traiter des patients que nous n’aurions pas pu prendre en charge auparavant. Grâce à cette technologie, certains patients accèdent à un soin qui leur était jusque-là inaccessible », détaille le Dr Pierre Annede.

Le praticien toulonnais souligne particulièrement l’impact sur la sécurité des traitements : « Pour nous, il y a une sécurité d’esprit sur ces localisations complexes. Revoir un patient et se dire « Je n’ai aucune inquiétude, il a reçu la bonne dose sur la tumeur et nous n’avons pas dépassé la dose sur ses organes à risque », c’est une sécurisation majeure ».

Cibler les cancers les plus complexes

Cette adaptabilité est cruciale pour les tumeurs situées dans l’abdomen, zone soumise à de nombreux mouvements. Aux Hospices Civils de Lyon (HCL), cette technologie est également déployée pour traiter des cancers difficiles.

« L’Unity est une machine révolutionnaire […] Elle nous permet de prendre en charge des patients qui n’auraient pas été accessibles à une radiothérapie conventionnelle, notamment pour des tumeurs au niveau abdominal », confirme la Docteure Ariane Lapierre, oncologue radiothérapeute aux HCL.

Elle précise que cette précision offre de nouvelles perspectives pour les tumeurs du pancréas ou hépatiques, souvent situées à proximité immédiate d’organes vitaux comme le duodénum, nécessitant une personnalisation quotidienne du tir.

Vers des traitements plus courts et moins toxiques

L’autre avancée majeure permise par cette précision est l’hypofractionnement, c’est-à-dire la réduction drastique du nombre de séances nécessaires. En augmentant la dose par séance sans risquer de brûler les tissus sains, un traitement de la prostate qui prenait auparavant huit semaines (35 à 45 séances) peut désormais se réaliser en seulement cinq séances, voire deux dans le cadre de certains essais cliniques récents.

Pour le cancer de la prostate, premier cancer masculin en France, les enjeux sont considérables en matière de séquelles urinaires et sexuelles. « Avec la radiothérapie adaptative, nous pouvons minimiser nos marges, les recalculer avant chaque séance […] Ce qui nous assure désormais le respect des contraintes », ajoute le Dr Annede.

Des études récentes, comme l’essai ERECT, suggèrent que cette précision accrue permettrait de mieux préserver la fonction érectile chez les patients traités (16 % de dysfonctionnement à 18 mois contre 36 % avec une radiothérapie classique). De plus amples informations pédagogiques sur ces techniques sont disponibles sur la plateforme dédiée à la radiothérapie adaptative (https://aboutadaptive.com/fr/les-arguments-de-la-radioth%C3%A9rapie-adaptative/).

Un enjeu d’accès aux soins

Si le coût initial de ces équipements reste élevé et nécessite des ressources humaines formées, le gain en efficacité est notable. En réduisant le nombre de venues à l’hôpital pour le patient, la radiothérapie adaptative désengorge les machines et améliore le confort de vie des malades, qui subissent moins de perturbations dans leur vie professionnelle et personnelle.

À l’aube de cette Journée mondiale contre le cancer, la généralisation de ces technologies, soutenue par l’intelligence artificielle pour accélérer les calculs de doses, dessine les contours d’une oncologie de précision, où chaque patient reçoit un traitement « sur-mesure » réajusté chaque jour.