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TOULON : Accident de l’Émeraude en mars 1994, un exercice…

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Gilles Carvoyeur
6 Avr 2024

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TOULON : Accident de l’Émeraude en mars 1994, un exercice tragique au large de Hyères

Sous le patronage de l’amiral Nicolas Vaujour, Chef d’Etat-major de la Marine, les forces sous-marines ont commémoré, le 6 avril, les 30 ans de la disparition des dix sous-mariniers du sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) Émeraude lors de l’accident du 30 mars 1994.

La principale commémoration s’est tenue à Toulon et a rassemblé près de 400 personnes. Le même jour, une autre cérémonie, présidée par le contre-amiral Bertrand Dumoulin, adjoint de l’amiral commandant les forces sous-marines et la force océanique stratégique (ALFOST), s’est déroulée sur la façade Atlantique, au cénotaphe de la pointe Saint-Mathieu.
Ces commémorations ont associé des autorités civiles et militaires, des délégations des équipages d’aujourd’hui et ceux de 1994, des amicales de sous-mariniers, ainsi que la ville marraine et les partenaires du SNA Émeraude.


À Toulon, le vice-amiral d’escadre Jacques Fayard, commandant les forces sous-marines et la force océanique stratégique (ALFOST), a présidé une cérémonie militaire au monument national des sous-mariniers, en présence du vice-amiral d’escadre Gilles Boidevezi, commandant la zone et l’arrondissement maritime Méditerranée (CECMED) et de la musique de la Marine Nationale.
Une messe célébrée par l’aumônier catholique de l’escadrille des sous-marins nucléaires d’attaque et en présence de l’aumônier protestant de la base navale précédait cette cérémonie militaire en l’église Saint-Jean Bosco à Toulon.


Pour les familles et les invités concernés, le programme de la journée comprenait également une visite du sous-marin Emeraude, guidé par l’équipage actuel, une présentation des simulateurs de l’école de navigation des sous-marins et bâtiments à propulsion nucléaire et une rencontre avec ALFOST.

Photos Marine nationale.

A NOTER…

Au cours de ce moment, les familles ont honoré leurs défunts, disparus le 30 mars 1994, en déposant une rose devant les noms des 10 disparus, inscrits sur le monument national des sous-mariniers :

Capitaine de corvette Jean-Luc Alvar,

Lieutenant de vaisseau Olivier Antois,

Premier-maître Christian Cessac,

Premier-maître Franck Jeannin,

Premier-maître Christophe Tixier,

Premier-maître Alain Valloire,

Maître Jean-Pierre Belfio,

Maître Laurent Thomine,

Maître Philippe Schweitzer,

Second-maître Yves Brevalle.

Dix des onze occupants morts par asphyxie

Le mercredi 30 mars 1994 au matin, le sous-marin nucléaire d’attaque Émeraude est en entraînement de lutte anti sous-marine dans le sud des Îles d’Hyères.

En fin de matinée, le sous-marin est en plongée à 190 mètres d’immersion. Le commandant profite d’un temps plus calme dans le rythme de l’exercice pour effectuer une inspection de tranche programmée, depuis plusieurs semaines, pour cette journée du 30 mars. Conformément aux règlements de la Marine, ces inspections se pratiquent régulièrement à bord des bateaux. Elles permettent au commandant de visiter tous les locaux une fois par semestre pour s’assurer de leur bon état d’entretien général.
A 10h35, douze personnes se trouvent dans le local turbo-alternateur et l’inspection est en cours. Une entrée d’eau apparaît alors soudainement sur le collecteur de réfrigération eau de mer du groupe turbo alternateur. Le chef du groupement énergie, qui est présent, quitte aussitôt le local pour rejoindre au plus vite le Poste central de Conduite de la Propulsion.

MANOEUVRES D’URGENCE

Dans le même temps, comme le prévoient les consignes de sécurité en cas d’entrée d’eau à bord d’un sous-marin en plongée, le personnel de quart au poste central de navigation – opérations et au poste central de conduite de la propulsion exécute les manœuvres d’urgence prescrites, c’est à dire la montée en puissance rapide de la machine pour augmenter au plus vite la vitesse du sous-marin et regagner la surface. Il ferme les circuits de réfrigération eau de mer du compartiment turbo-alternateur par vannes télécommandées, pour éviter l’envahissement par l’eau et active le chasse d’air aux ballasts pour une remontée rapide du bateau vers la surface en forte inclinaison.
Au cours des 100 secondes qu’a duré la remontée du sous-marin vers la surface, la recherche du maximum de puissance pour alimenter les turbines en vapeur s’est traduite par une surpression dans l’un des condenseurs du groupe turbo-alternateur, la rupture d’une tape claquante de ce condenseur qui n’était plus réfrigéré, sa déformation, et l’envahissement du compartiment par la vapeur.
Dix des onze occupants du local périssent alors par asphyxie et brûlures. Le onzième parvient à survivre en se réfugiant dans l’avant du compartiment qu’il réussira à quitter quelques minutes plus tard.
Une fois le sous-marin revenu à la surface, en même temps que les mesures de sauvegarde sont prises, les équipes de sécurité du bord accèdent au compartiment sinistré. Le sous-marin Emeraude demande l’aide et l’assistance médicale des bateaux militaires français alentour. Après constatation des décès, les corps sont transportés par hélicoptère à l’hôpital Sainte Anne de Toulon. Une équipe de renfort en personnel est embarquée à bord du sous-marin.
Des enseignements ont été tirés de ce grave accident afin de garantir toujours plus de sécurité à bord. Ces améliorations, en vigueur aujourd’hui, concernent les caractéristiques techniques des SNA, l’équipage, ainsi que les procédures et retours d’expériences. La commission d’enquête a souligné le comportement exemplaire de chaque homme d’équipage à son poste en ce jour de mars 1994.