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SAINT-TROPEZ : Culture – Sylvie Bourgeois Harel dévoi…

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SAINT-TROPEZ : Culture – Sylvie Bourgeois Harel dévoile les coulisses d’un rendez-vous manqué avec Jean-Noël Fenwick

L’écrivaine publie ce vendredi un récit inédit relatant sa collaboration avortée avec le célèbre dramaturge et leurs visions précurseurs du cinéma numérique.

C’est un hommage tardif mais vibrant que rend aujourd’hui Sylvie Bourgeois Harel. Dans une chronique publiée ce vendredi matin, la romancière revient avec émotion sur la disparition de Jean-Noël Fenwick, l’auteur à succès des *Palmes de Monsieur Schutz*, décédé le 3 mai 2024. Ayant appris la nouvelle récemment, l’écrivaine saisit l’occasion pour exhumer un chapitre méconnu de sa propre carrière et de l’histoire du cinéma français de la fin des années 90.

Une rencontre sous le signe de l’audace

Le récit nous transporte en 1998, au festival des scénaristes d’Aix-en-Provence. Sylvie Bourgeois Harel, alors fraîchement reconvertie dans la production, y fait la connaissance de Jean-Noël Fenwick dans des circonstances rocambolesques. Au milieu d’une conversation animée avec les regrettées Joëlle Goron et Valérie Guignabodet sur les rapports hommes-femmes, la future romancière attire l’attention du dramaturge par sa franchise désarmante.

La connexion est immédiate. Fenwick, auréolé de ses succès théancraux, cherche alors à réaliser l’adaptation de sa pièce *Potins d’enfer*. « Veux-tu être ma productrice Sylvie ? […] J’aimerais également que tu deviennes la troisième femme de ma vie », lui lance-t-il avec une assurance teintée de provocation. Une proposition professionnelle qu’elle accepte, tout en repoussant les avances sentimentales de l’auteur qu’elle décrit comme « grand, imposant, insistant, têtu, épris ».

L’avant-garde du numérique gâchée par l’industrie

Au-delà de l’anecdote personnelle, le témoignage de Sylvie Bourgeois Harel éclaire les conservatismes de l’industrie cinématographique de l’époque. Le duo parvient pourtant à décrocher un financement de cinq millions de francs auprès de Canal+. L’ambition de la productrice est alors visionnaire : tourner le film durant l’été, en huis clos dans la propriété familiale de Fenwick, en utilisant une technologie naissante.

Elle évoque des discussions avec Sony Hardware pour le prêt d’une caméra numérique dédiée au cinéma, une première qui aurait pu « révolutionner l’industrie » bien avant la démocratisation du format. « Nous allons avoir un ovni qui sera très drôle », promettait-elle alors à ses associés. Malheureusement, ces derniers, réticents face à ce modèle économique frugal et novateur, préféreront courir après des distributeurs traditionnels, condamnant le projet à l’oubli.

La naissance d’une écrivaine

Cet échec professionnel marque un tournant décisif. « Professionnellement, j’ai toujours gagné ma vie en étant un gage de qualité, je ne me voyais pas vendre un projet auquel je ne croyais pas », confie-t-elle. Déçue par ce milieu où ses associés de l’époque « n’ont jamais réussi à monter le film de Jean-Noël », elle quittera finalement la production.

C’est cette somme de déconvenues qui la poussera vers l’écriture, menant à la publication de son premier roman, *Lettres à un monsieur*, en 2003. À travers ce texte souvenir, Sylvie Bourgeois Harel ne salue pas seulement la mémoire d’un homme de théâtre talentueux, mais rappelle aussi la fragilité des créations artistiques, souvent suspendues à l’audace — ou à la frilosité — des décideurs.