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RAMATUELLE : Et si l’industrialisation faisait aux hommes…

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Gilles Carvoyeur
2 Jan 2024

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RAMATUELLE : Et si l’industrialisation faisait aux hommes ce qu’elle a fait aux légumes

L’écrivain Sylvie Bourgeois Harel explique sur BFM Côte d’Azur la privatisation des semences par les grands groupes céréaliers.

Comme vous le savez, mon métier est d’écrire, d’observer, de transmettre, j’aime donc la sémantique qui est la base, donner du sens aux mots, donner leur vrai sens et pas un sens trafiqué comme dans toutes ces publicités qui nous racontent n’importe quoi pour vendre leur produit. C’est pour cette raison que je ne regarde jamais la télé, que je n’écoute pas la radio et que je n’ouvre aucun journal, pour ne pas être polluée par des images et des phrases qui nous mentent au travers de slogans publicitaires abêtifiants. D’ailleurs, il faut être idiot ou désemparé ou paresseux pour y croire, ou les trois à la fois.

Pour en revenir au sujet qui me préoccupe, les semences reproductibles, je suis à chaque fois sidérée d’être obligée de rajouter au mot semence l’adjectif reproductible, alors que, par définition, une semence est une graine destinée à être semée. Dire les semences reproductibles est donc un pléonasme, puisque nous répétons dans un même énoncé deux mots qui ont le même sens. Et bien, non, à cause de tous ces grands groupes céréaliers qui ont industrialisé l’agriculture après la Seconde Guerre mondiale, aujourd’hui, nous sommes obligés d’ajouter reproductible au mot semence si l’on veut parler des graines qui ont nourri naturellement les hommes depuis des millénaires. Toujours cette foutue publicité avec ses slogans faits à base de mensonges qui ont fait miroiter des miracles aux consommateurs et aux agriculteurs. À croire que de nombreux être humains croient aux miracles alors que le vrai miracle est la vie avec ses joies et ses difficultés, c’est le savoir que nous transmettent nos aînés, c’est la contemplation d’un coucher de soleil, c’est les signes, les symboles, les astres, notre faculté de penser aussi, c’est ça les miracles et pas de croire un connard qui vous dit qu’avec un gros tracteur et des tonnes de pesticides, vous allez pouvoir nourrir la terre entière, c’est totalement faux, méprisant et criminel, il n’y a jamais eu autant de personnes qui meurent de faim qu’aujourd’hui, simplement pour faire baisser les chiffres, une nouvelle statistique est née, les personnes en insuffisance alimentaire, c’est la case juste avant que ces pauvres gens crèvent (je n’ai pas trouvé d’autre mot pour exprimer cette violence).

Pour continuer sur la définition de semence, la semence désigne également le liquide séminal. Ça ne m’étonnerait pas, qu’un jour, le sperme de l’homme soit privatisé et que pour se reproduire, les couples doivent passer par un groupe industriel qui leur vendra du sperme dit de qualité afin que les bébés soient résistants, beaux, obéissants. Ce sera alors la mort de l’intelligence et des génies. Une élite, peut-être, continuera de se reproduire par les voies naturelles et le peuple, pauvre victime, devra passer par la voie industrielle avec achat obligatoire de lait nourricier chargé en antibiotiques et autres médicaments. On y vient doucement et sûrement, ne serait-ce qu’avec les avancées de la PMA, les lois qui l’accompagnent. Je me souviens qu’au début de la fécondation In Vitro, j’avais 20 ans et j’étais très en colère contre ces manipulations médicales, je disais que c’était la porte ouverte à de l’eugénisme. Mais personne ne m’écoutait, on faisait passer l’émotionnel avant, ces pauvres couples qui ne pouvaient pas se reproduire avaient bien le droit d’avoir un enfant, je répondais alors que, non, nous n’avons pas de droit à l’enfant, mais un devoir, et qu’il y avait suffisamment d’enfants abandonnés à adopter. Mais personne ne m’a écoutée, à titre individuel, chacun ne regardant que son propre problème.

Avec ce soi-disant progrés qui nous éloigne de plus en plus de la nature, bientôt, nous achéterons en boutique des bébés Chanel ou des bébés Vuitton.

Quoi qu’il en soit, il est important et primordial de ne pas être paresseux, de ne pas croire tout ce que l’on nous raconte soi-disant pour notre bien, et de lutter pour la préservation des semences reproductibles, au moins d’en parler, d’informer. Fin juin, l’émission L’échappée belle m’a filmée durant deux journées dans lesquelles j’ai expliqué comment la révolution industrielle avait détruit notre agriculture et notre santé, mais j’ai été coupée, c’est dommage pour les semences et pour mon cher Pierre Rabhi dont c’était le combat.

Pour rester sur une note positive, plantons des semences reproductibles partout et si vous désirez avoir des enfants et que votre corps vous refuse la maternité, adoptez-en, et rendez heureux ces petits abandonnés qui n’attendent qu’une famille aimante, cela fait partie du même processus d’amour et de protection du vivant qui est bien menacé.

Sylvie Bourgeois

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