Skip to main content

RAMATUELLE : Au Moyen-Âge, Noël était un cri de joie !

Print Friendly, PDF & Email
Floriane Dumont
21 Déc 2023

Partager :

RAMATUELLE : Au Moyen-Âge, Noël était un cri de joie !

En cette période de fêtes de fin d’année, Marcelline l’Aubergine et sa créatrice Sylvie Bourgeois Harel tentent d’en savoir plus sur l’étymologie du mot Noël.

Pour certains étymologistes, Noël viendrait du latin natalis dies qui signifie jour de naissance, pour d’autres, Noël aurait une origine gauloise et viendrait des mots noio qui veut dire nouveau et hel, soleil, tandis qu’au Moyen-Âge, Noël était un cri de joie. Nous ne saurons jamais tant les fêtes religieuses et païennes ont, depuis, été mélangées. Mais surtout, hélas, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et l’essor de la révolution industrielle qui a voulu nous faire croire que la consommation était synonyme de bonheur, Noël est lié à la notion d’achat, ça m’attriste d’ailleurs beaucoup de voir tous ces gens qui se précipitent dans les magasins souvent au dernier moment à acheter parfois n’importe quoi, pensant qu’il est possible de remplacer le temps que l’on devrait consacrer à l’amour par de l’argent dépensé inconsidérément et n’importe comment, il n’y a qu’à voir le nombre de cadeaux qui sont revendus le lendemain sur les sites de vente en ligne.

Enfant, j’ai eu la chance d’être éduquée par des parents qui m’ont ouvert le cœur pour être dans la générosité, le partage, la solidarité, les rires, la gentillesse, la non-conformité, l’originalité. Même si j’étais très gâtée, ils m’ont appris que le bonheur ne venait pas des magasins mais de notre joie à savoir sourire à la vie, à marcher dans la nature, à observer un renard ou un lever de soleil, à sentir une fleur, à reconnaître un champignon comestible. Quoi que l’on fasse, tout était original, gai et drôle. Tellement drôle. J’avoue avoir encore la nostalgie de nos repas si animés. Je me souviens qu’à la petite école, mon maître, monsieur Montmort avait convoqué ma mère, il m’avait grondé car j’avais trop d’imagination et que je racontais n’importe quoi dans mes rédactions. Nous avions eu comme devoir de rédiger ce que nous avions fait durant le week-end avec notre famille. Ma mère lui a dit qu’en effet, tout ce que j’avais écrit était vrai. Pour cet homme rigide qui me tapait avec sa règle en fer sur les doigts, il était impensable que nous ayons une vie si différente de celles des autres élèves.

Pour en revenir à Noël, ma mère m’a appris à partager certains de mes jouets avec les enfants défavorisés de Besançon, nous allions en fin d’après-midi, le 25 décembre, dans le quartier des Founottes où vivaient les familles très pauvres. Les regards heureux de ces petits malheureux lorsque nous leur apportions des cadeaux et des gâteaux ne m’ont jamais quittée. Je me sentais importante d’avoir le pouvoir de leur faire tout ce bien. Je me sentais exister beaucoup plus qu’à la maison avec mes frères qui n’arrêtaient pas de m’embêter et d’asseoir leur autorité d’aînés à devoir leur obéir.

Le soir du réveillon, mes parents invitaient toujours leurs amis isolés. C’était la tradition. Ils créaient une grande tablée joyeuse de personnes qui souvent ne se connaissaient pas. Je me souviens d’un dîner incroyable avec Monsieur Volkof, le directeur russe de la Slava, l’usine franc-comtoise de montres que mon père architecte avait dessinée, et une princesse cambodgienne qui avait réussi à fuir son pays après avoir vu sa famille être massacrée par Pol Pot, grâce à un curé bisontin qui avait créé une association pour aider et recueillir de nombreux cambodgiens. Mes parents avaient pris en charge l’avenir de cette belle princesse à la gestuelle si élégante. Ils lui avaient trouvé un logement et un travail. Elle venait très souvent dîner à la maison, mon père lui apprit à cuisiner et à conduire, ma mère, le français et à coudre. Elle avait dansé toute la nuit, on dansait beaucoup à la maison, tous les samedis soir, mes parents faisaient la fête, avec Monsieur Volkof, oubliant les conflits entre leurs deux pays, ne comptant alors que sur la chaleur, l’amour, l’amitié, que mes parents, pour qui seule la relation humaine importait, leur offraient.

Ces Noëls familiaux étaient extrêmement extraordinaires. On riait, on riait beaucoup surtout lorsque Monsieur Volkof, en bon Russe, embrassait mon père sur la bouche après chaque vodka, et il en buvait des litres, sous le regard tendre de Bouhéret, un ami d’enfance de mon père, poète et homosexuel, qui ne pouvait parler librement de ses amours secrets qu’avec mes parents, le tout sous les yeux étonnés et charmés de la belle princesse qui, grâce à la générosité de mes parents, revivait.

Je vous souhaite à tous d’aussi joyeux Noël !

Sylvie Bourgeois Harel

REGARDER LA VIDÉO

Marcelline l’aubergine une chaîne YouTube de Sylvie Bourgeois