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PORT GRIMAUD : Un village privé sous pression

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PORT GRIMAUD : Un village privé sous pression

À l’heure où la Côte d’Azur continue d’attirer des flux records, Port Grimaud, village lacustre privé fondé dans les années 1960, dresse un bilan économique 2025 en clair-obscur.

Conçu comme un lieu de vie provençal, et non comme une machine à accueillir des foules, le site rappelle qu’il ne tire aucun profit de la massification touristique. Une position singulière dans un littoral dominé par la logique d’attractivité.

Un record de fréquentation pour un lieu qui n’a jamais cherché l’attractivité.

L’année 2025 a confirmé un paradoxe que les responsables de Port Grimaud répètent depuis des années : la cité lacustre attire massivement… alors qu’elle n’a jamais été pensée comme un site touristique.
Pour la première fois, un comptage précis a été réalisé : 1,4 million de visiteurs (1,2 million en 2024, approximativement) ont franchi les portes du village. Un volume qui en ferait l’un des sites les plus fréquentés du Var « C’est un site privé, ouvert parce que les propriétaires l’ont décidé », rappelle Philippe de Saint Rapt, président de Port Grimaud I.

L’accès reste gratuit, et aucune stratégie d’attractivité n’est menée. La fréquentation estivale demeure très forte, mais 2025 a aussi vu une montée des visites en mai et juin et en septembre et octobre, notamment via près de 500 cars d’excursionnistes. Une dynamique qui, loin d’être un atout, complique la gestion quotidienne d’un village conçu pour ses habitants et impacte le cadre de vie.

Des flux difficiles à absorber dans une cité pensée pour la vie locale.

La difficulté n’est pas tant le nombre de visiteurs que leur mode d’arrivée. Les groupes, parfois composés de plusieurs dizaines de personnes, créent des congestions ponctuelles dans une cité dont les ruelles et les ponts n’ont jamais été conçus pour absorber des arrivées massives.

« Quand quatre bus arrivent en même temps, ce n’est pas la même chose qu’un flot continu de visiteurs à pied ou à vélo », souligne le président.

En haute saison, la cohabitation entre résidents, propriétaires et excursionnistes devient délicate.

« Nous envisageons désormais un système de réservation pour limiter les groupes en juillet/août ». Une mesure de protection, non d’exploitation.

Une économie interne stable, mais qui ne profite pas du tourisme.

Contrairement aux stations balnéaires voisines, Port Grimaud ne vit pas du tourisme. L’économie locale repose sur ses commerces, ses services et surtout sur ses copropriétaires.

Les retours des professionnels reflètent d’ailleurs la tendance observée dans tout le golfe de Saint-Tropez : beaucoup de monde, mais un panier moyen en baisse. Certains commerces ont vu leur fréquentation progresser, d’autres reculer.

« Ils viennent, ils regardent, et repartent sans consommer », résume un responsable.

Les recettes du parking, elles, sont en légère hausse,  sans toutefois compenser l’augmentation des coûts de fonctionnement : sécurité, entretien, sous-traitance. Car Port Grimaud finance seul son entretien, ses infrastructures et ne perçoit aucun subside de collectivité qui encaissent la taxe de séjour du site.

Un village qui s’entretient à ses frais.

La cité lacustre est un ensemble privé : quais, ponts, places, église, voiries… tout appartient aux copropriétaires qui en assument l’entretien.
Les dépenses sont lourdes : masse salarialesécurité, et surtout entretien structurel.

Les anodes qui protègent les quais doivent être changées par roulement tous les cinq ans, avec un contrôle tous les trois ans. « C’est ce qui permet de tenir Port Grimaud à flot », rappelle la direction. (une anode est une pièce métallique qui se corrode volontairement pour protéger les quais et structures de la corrosion).

Les ponts, eux, sont régulièrement rénovés, l’un des principaux menant à la capitainerie le sera à partir de l’automne 2026. Un tiers du budget global provient de recettes tierces (parkings, locations de terrasses), les deux tiers sont financés directement par les propriétaires. Et ce, alors même que la municipalité utilise certaines infrastructures et services … sans en financer l’entretien et le coût.

Un modèle menacé par la pression extérieure.

Au-delà des chiffres, le bilan 2025 révèle une inquiétude plus profonde : Port Grimaud est en train d’être détourné de son identité première.

Le village a été conçu comme un lieu de vie provençal, atypique, paisible. Pas comme un moteur économique et touristique pour la commune.
« Il faut qu’on garde la main sur la façon dont les choses sont faites », insiste la direction.

Les coches d’eau, embarcations de transport fluvial pour résidents et visiteurs, permettent déjà une découverte respectueuse du site ; multiplier les accès ou les flux à d’autres embarcations reviendrait à transformer la cité en décor.

La phrase qui clôt l’entretien résume l’état d’esprit : « Port Grimaud n’est pas un parc d’attractions mais un lieu de vie ».

Propos recueillis par Pierre Bégliomini (texte et photo).

A NOTER…