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PARIS : Agriculture Stratégies – Zoom sur trois axes de la publication de la SNANC (2025-2030)

Après plus de deux ans et demi de retard, de multiples reports et d’intenses luttes interministérielles, la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC) a finalement été publiée le 11 février dernier[1].

Prévue initialement pour juillet 2023 par la loi Climat et résilience, cette feuille de route de 56 pages a la lourde tâche de définir les orientations pour une alimentation « saine et durable » d’ici 2030, tout en réconciliant les impératifs de santé publique, d’empreinte carbone et de souveraineté alimentaire.

Le document final est le fruit de tergiversations politiques jusqu’au sommet de l’État, Matignon ayant suspendu le texte à plusieurs reprises sous les gouvernements successifs. Finalement, l’arbitrage rendu penche très nettement en faveur de la ligne défendue par le ministère de l’Agriculture, au grand dam du ministère de la Transition écologique et des ONG[2].

La SNANC s’est dotée de 20 grands objectifs pour la réalisation desquels 85 actions ont été identifiées. Elle s’inscrit dans l’approche One Health « selon la définition internationale adoptée par l’Alliance quadripartite OMS, OMSA, FAO, PNUE qui considère que la santé des Hommes, des animaux, des plantes et de l’environnement au sens large (y compris les écosystèmes) est étroitement liée et interdépendante » (p. 32).

Pour les filières agricoles et agroalimentaires, voici 3 points parmi les plus essentiels à retenir de ce document :

1. Consommation de viande :« limitation » et souveraineté priment sur la « réduction »

C’est l’un des grands points de crispation du texte. Alors que la SNANC elle-même rappelle que les produits d’origine animale représentent aujourd’hui 61 % de l’empreinte carbone alimentaire (p. 9), fallait-il fixer un objectif chiffré et contraignant de baisse de la consommation ?

Le gouvernement a tranché et, pour lui, la réponse est non. La SNANC écarte toute idée de « réduction » de la consommation (terme initialement défendu par le ministère de la Transition écologique) au profit d’une simple « limitation ». Le document insiste néanmoins sur la réduction des importations de viande, afin de favoriser la consommation « d’une viande locale, durable et de qualité » (action n°85, p. 51). Cette décision a été saluée par l’interprofession Interbev (bétail et viandes)[3]. Le texte met également en valeur, dans son cinquième objectif, la diversification en faveur des protéines végétales et des « sources de protéines animales issues de modes de production durables » (p. 35).

2. Vis-à-vis des aliments ultra-transformés (AUT), le choix de la tiédeur

La SNANC était également très attendue sur la régulation de l’industrie agroalimentaire, en particulier en ce qui concernant les AUT et le marketing ciblant les mineurs. Là aussi, le document fait montre d’une certaine tiédeur en adoptant une approche non contraignante.

En s’appuyant sur un rapport de l’Anses jugeant les risques de la consommation des AUT insuffisamment définis[4], le gouvernement a écarté les mesures visant à limiter strictement les AUT. De même, aucune mesure coercitive n’a été retenue pour encadrer la publicité des produits trop gras, salés ou sucrés à destination des mineurs. L’approche privilégiée reste celle de l’engagement volontaire, avec notamment le déploiement d’un affichage environnemental « après une phase concertée de développement » (p. 31), et l’accompagnement de la « transformation des recettes et [de] la formation des cuisiniers vers l’utilisation de produits moins transformés » (action n°28, p. 38).

Les considérations de la SNANC et de l’Anses sur l’impact des AUT sur la santé humaine vont pourtant à rebours du consensus scientifique, comme l’indique une série d’articles publiés le 18 novembre 2025 dans la revue The Lancet[5]. Dans leur article introductif, Monteiro et al.[6] mettent en avant qu’à l’échelle mondiale les AUT remplacent « les régimes alimentaires établis de longue date, centrés sur les aliments bruts » et que ce nouveau modèle alimentaire « entraîne une détérioration de la qualité de l’alimentation ». Enfin, les auteurs estiment que cette évolution des régimes alimentaires augmente le risque de multiples maladies chroniques liées à l’alimentation, une hypothèse « corroborée par plus de 100 études prospectives, méta-analyses, essais contrôlés randomisés et études mécanistiques ».

3. 14 actions phares dès 2026

Pour ne pas se résumer à une déclaration d’intention, la SNANC liste 14 « actions phares » à déployer dès à présent (pp. 30-31). La valorisation de l’agriculture biologique se matérialise dans plusieurs de ces actions.

Le SNANC réaffirme l’objectif d’accompagnement de la restauration collective vers les 50 % de produits durables (dont 20 % de bio). Nouveauté : le texte prévoit l’encadrement réglementaire de la qualité nutritionnelle des repas servis dans les établissements de la petite enfance et les Ehpad, ouvrant potentiellement de nouveaux marchés fléchés pour la production locale. Pour structurer l’offre face à la demande, le document mise sur le renforcement des projets alimentaires territoriaux (PAT)[7], érigés en véritables « leviers de transition des territoires ».

En conclusion, la SNANC 2025-2030 confirme que face à une triple urgence clairement identifiée (climat, santé, économie), l’exécutif a choisi de protéger l’outil de production français. En refusant les objectifs chiffrés de baisse de la consommation de viande et une plus importante réglementation de l’agroalimentaire, le gouvernement parie sur une transition « par le haut » (montée en gamme, substitution aux importations). L’enjeu des mois à venir sera de trouver le financement de cette stratégie, dans un contexte où l’inflation continue de dicter les choix des consommateurs.

Jérémy Denieulle, « Décryptage de l’actu : zoom sur trois axes de la publication de la SNANC (2025-2030) », Agriculture Stratégies, 18 février 2026. https://www.agriculture-strategies.eu/2026/02/decryptage-de-lactu-zoom-sur-trois-axes-de-la-publication-de-la-snanc-2025-2030

[1] https://agriculture.gouv.fr/SNANC-20252030

[2] Voir à titre d’exemple le communiqué du Réseau action climat, selon lequel « la SNANC ignore, voire contredit, une partie des recommandations émises par les institutions scientifiques et les organes consultatifs ». Source : https://reseauactionclimat.org/strategie-nationale-pour-lalimentation-la-nutrition-et-le-climat-beaucoup-dangles-morts-malgre-certaines-avancees/

[3] Julie Jeunejean, « Snanc enfin publiée, sans objectif chiffré pour la viande », Agra Presse, 12/02/2026. https://www.agra.fr/agra-presse/snanc-enfin-publiee-sans-objectif-chiffre-pour-la-viande

[4] Voir : https://www.anses.fr/fr/system/files/NUT2022-SA-0155.pdf

[5] Voir : https://www.thelancet.com/series-do/ultra-processed-food

[6] Carlos A. Monteiro et al., « Ultra-processed foods and human health: the main thesis and the evidence », The Lancet, vol. 406, n°10520, 12/2025. https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(25)01565-X/abstract

[7] Voir : https://agriculture.gouv.fr/projets-alimentaires-territoriaux

SOURCE : Agriculture Stratégies – Newsletter n°65.