PARIS : Violences et discriminations en milieu festif, les…
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PARIS : Violences et discriminations en milieu festif, les résultats alarmants de l’enquête Consentis
L’Association Consentis révèle des résultats alarmants sur les violences en milieu festif.
Sept ans après une première enquête qui avait mis en lumière l’ampleur des violences sexistes et sexuelles (VSS) en milieu festif, l’Association Consentis publie de nouveaux résultats sur les violences sexuelles et discriminatoires (VSD). Réalisée auprès de 3000 personnes entre septembre et novembre 2024, cette enquête nationale révèle une forte persistance des violences subies, notamment par les femmes et les personnes LGBTQIA+. Elle confirme un sentiment d’insécurité toujours très genré, des stratégies d’évitement omniprésentes et un besoin urgent de réponses collectives structurées.
Un sentiment d’insécurité profondément genré
Le sentiment d’insécurité demeure profondément genré avec des différences marquées selon le genre et l’orientation sexuelle. Les femmes cis et les personnes LGBTQIA+, en particulier les personnes trans et non-binaires, continuent d’exprimer des niveaux d’inquiétude significativement plus élevés que les hommes cis hétérosexuels.
« Les espaces de fête en France ne sont pas sûrs pour tout le monde. Certaines personnes, en particulier les femmes et les personnes LGBTQIA+, y vivent des violences systématiques, souvent normalisées, rarement prises en compte », Consentis
La violence sexuelle apparaît comme la raison principale du sentiment d’insécurité (70,2%), notamment pour les femmes cis et les personnes trans et non-binaires, tandis que les hommes cis, qui ont donc été assignés de genre masculin à la naissance, et hétéros sont largement sous-représentés dans cette perception.
Des écarts notables selon les lieux de fête
Les écarts de ressenti selon les lieux festifs sont nets. Les boîtes de nuit, les raves et les bars sont perçus comme les plus insécurisants, notamment par les publics minorisés. Par exemple, 63% des personnes non binaires, 46,4 % des femmes trans, 48,7% des femmes cis et 45,2% des hommes trans disent se sentir en insécurité en boîte de nuit, contre 20,4% des hommes cis.
Une responsabilisation inégalement distribuée entre les acteurs festifs
L’étude met également en lumière une responsabilisation inégalement distribuée entre les acteurs festifs. Si une majorité de participants (76,2%) considèrent que la responsabilité leur revient en partie à titre individuel, 83,1% des répondants désignent également très clairement les établissements festifs et 78,2% les organisateurs comme des acteurs centraux dans la prévention des violences.
Comparatif 2018-2025 : des violences toujours massives
L’analyse comparative des enquêtes menées par Consentis en 2018 et 2025 montre à quel point les violences sexuelles dans les lieux festifs restent un phénomène massif, systémique et ancré dans les usages.
« Nos résultats confirment ce que beaucoup vivent : les violences ne sont ni exceptionnelles, ni marginales. Si des efforts dans la prévention ont été faits ces dernières années, on observe que ces violences sont encore trop nombreuses », Consentis.
Malgré les années écoulées, les proportions de victimes demeurent alarmantes :
• Plus de 8 femmes (cis et trans) et personnes non binaires sur 10 déclarent avoir subi des violences sexuelles en milieu festif (contre 6 sur 10 en 2018)
• 10 % des répondants déclarent avoir déjà été violés en milieu festif
• 24,9% des répondants ont subi au moins une violence LGBTQIA+phobe (verbale ou physique)
5 recommandations clés pour transformer durablement les lieux festifs
Face à l’ampleur du phénomène, l’Association Consentis appelle à des mesures concrètes.
« Cette enquête n’a pas pour objectif d’accabler un secteur, mais au contraire de donner des outils pour agir. Les lieux de fête sont essentiels à la vie sociale, à l’expérimentation, à la libération des corps et à la joie collective. En les rendant plus sûrs, plus équitables et plus respectueux des identités, nous ne les dénaturons pas : nous leur redonnons leur pouvoir d’émancipation »,Consentis
1. Renforcer la prévention ciblée
Élaborer des dispositifs de prévention pensés pour tous les publics. Cela implique de former l’ensemble des équipes professionnelles (organisateurs, staff, sécurité, bar, accueil…) à mieux comprendre les réalités de ces publics en prenant en compte leurs vécus spécifiques et les discriminations croisées.
2. Institutionnaliser la co-responsabilité
Inscrire des engagements clairs et contraignants en matière de prévention dans les cahiers des charges des lieux et événements festifs. Il s’agit d’imposer un cadre commun avec par exemple la présence obligatoire de référents prévention, des procédures de signalement encadrées et des clauses spécifiques dans les contrats avec les équipes de sécurité.
3. Accentuer la visibilité et l’accessibilité des dispositifs communautaires
Les stands de prévention, safer zones ou médiateurs communautaires doivent être clairement identifiables, situés à des endroits stratégiques et signalés dès l’entrée. Ces dispositifs jouent un rôle de relais, d’écoute et de réassurance précieux et peuvent pallier la faible efficacité perçue envers les instances policières ou privées de sécurité.
4. Valoriser la diversité dans la programmation et le public
La diversité visible sur scène favorise le sentiment de légitimité et de sécurité chez les publics minorisés (tels que les publics LGBTQIA+), et peut transformer en profondeur les dynamiques sociales d’un lieu.
5. Documenter et évaluer
Poursuivre et renforcer la collecte de données croisées entre le genre et l’orientation sexuelle permet d’ajuster les dispositifs en fonction des réalités vécues. Il est essentiel de mettre en place des outils d’évaluation participatifs pour mesurer l’impact réel des actions et identifier les angles morts. Ce travail de documentation permet de sortir des logiques d’intuition pour baser la prévention sur des faits, des vécus et des retours concrets du terrain.
En définitive, la fête ne peut être un espace d’émancipation réelle que si toutes les identités de genre et d’orientation sexuelle y trouvent des conditions de sécurité, de reconnaissance et de respect comparables.
« La nuit peut être un espace de liberté, mais elle ne l’est pas encore pour tous. Reprendre le contrôle sur nos nuits, c’est aussi lutter pour nos droits » ,Consentis
Pour consulter et citer l’enquête Consentis
Consentis (2025). Enquête : Nos nuits sous tension. Pratiques festives, sentiment de sécurité et violences sexuelles et discriminatoires en France : https://www.consentis.info/enquete
Pour aller plus loin
Réinventer la nuit (2025). Enquête « Briser le cercle » : une enquête exploratoire autour des VSSD subies par les artistes et professionnels de la musique, menée par Au-delà du club et commandée par Réinventer la Nuit.
À propos de l’Association Consentis
L’association Consentis œuvre depuis 2018 pour la prévention des violences sexuelles et discriminatoires en milieu festif. À travers des formations, des actions de terrain et des campagnes de sensibilisation, elle agit pour la création d’espaces festifs plus sûrs, inclusifs et respectueux. consentis.info


