PARIS : « Une résistance ordinaire » par Claire CHEVRILLON…
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PARIS : « Une résistance ordinaire » par Claire CHEVRILLON à paraître aux éditions du Félin
Jeunesse d’aujourd’hui, à toi maintenant de découvrir jusqu’où put aller l’ardeur de ces jeunes femmes d’autrefois, qui cependant ne virent dans leur attitude rien que d’« ordinaire » … Claude Bouchinet-Serreulle, extrait de la préface.
Car il convient de rappeler que nombreuses furent les femmes à faire de la Résistance, qu’elles furent un rouage essentiel et trop souvent mal connu de la Résistance aux nazis, qu’elles encouraient pourtant la même peine que les hommes quand elles tombaient aux mains de la Gestapo. Claire Chevrillon raconte ici le quotidien de ces Résistantes. D’abord « boîte aux lettres » puis codeuse de message, elle est arrêtée en avril 1943 et internée à Fresnes pendant plusieurs mois. Entrée dans la clandestinité, elle devient l’une des responsables du chiffre et, à la libération de Paris, c’est encore elle qui code certains messages destinés à informer Londres de l’évolution des journées insurrectionnelles. Voilà ce qu’elle appelle « une résistance ordinaire » !
En librairie le 7 mars 2025
ISBN : 978-2-86645-973-4
11.90 € – 288 pages
Extrait
« À 7 heures, bruit de ferraille, une grande femme fait irruption, lève les bras au ciel et se met à vociférer en allemand. Je comprends que je n’aurais pas dû être couchée, mais prête à partir. Je me dépêche de m’habiller – schnell, schnell ! Elle me fait signe de prendre mes affaires. Raus, raus ! Je la suis dans les couloirs et les escaliers, et nous voici au but : un petit box où elle m’enferme dans le noir. J’y reste debout deux heures (pas la place de s’asseoir). Heureusement, je communique avec quelqu’un de l’autre côté de la paroi. On plaisante et on s’encourage… Curieux comme on est lâche quand on est seul et crâne dès qu’il y a quelqu’un d’autre…
Puis c’est la fouille par une souris fouineuse et brusque. Il faut, schnell, schnell, me déshabiller complètement. Elle garde ma montre, ma ceinture, mon rouge à lèvres, eau de Cologne, aspirine, livre, stylo, papiers : je récupérerai, dit-elle, le tout à ma libération. Ensuite, il faut remettre mon argent dans un bureau. J’y trouve une quinzaine de personnes comme moi, parmi lesquelles, vision insolite, un aviateur anglais très jeune, très grand, dépassant tout le monde de deux têtes, visage rose d’enfant, l’air effaré, les yeux hagards. Peut-être que vingt-quatre heures auparavant il volait dans le bleu au-dessus des nuages ? Oiseau tombé du ciel, maintenant englué dans ce coin de monde hostile, misérable. Une file d’attente se forme, il se place devant moi, les mains au dos. J’ai envie de les lui serrer, mais je n’ose pas, craignant de l’effaroucher et de créer un incident. Dommage. J’ai appris par la suite qu’un petit signe de fraternité en cas de détresse pouvait tout changer. »


