PARIS : Une question de rentabilité collective
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PARIS : Une question de rentabilité collective
Financer la transition vers l’agriculture régénératrice ? Les instruments existent, pour des solutions concrètes.
Le plus tôt sera le mieux pour tous les opérateurs. Par Axel de Martene, consultant en stratégie et transformation dans les secteurs agricole et agroalimentaire, expert en investissements durables auprès de la Commission européenne et directeur de la Climate Agriculture Alliance (association européenne du financement de la transition bas carbone des agriculteurs). Axel de Martene vient de publier Changer les règles du jeu*.
La transition vers des systèmes agricoles et alimentaires durables est sans aucun doute l’un des plus grands défis pour l’humanité à l’aune du dépassement des limites planétaires : les systèmes alimentaires représentent 34 % des émissions de GES, 70 % de la consommation d’eau, 90 % de la déforestation. Il est également le moteur ultra-dominant de l’appauvrissement de la biodiversité et de l’eutrophisation dans les bassins fluviaux et les zones côtières. En outre, 50 % des sols sont considérés comme dégradés aujourd’hui et ce ratio devrait grimper à 90 % d’ici à 2050 dans un scénario business-as-usual. Il y a trois ans, la FAO titrait son rapport annuel sur les ressources Des systèmes au bord de l’effondrement.
Ces ruptures dans les fondements de nos systèmes productifs mettent désormais en péril l’ensemble des chaînes de valeur et notre propre capacité à assurer notre alimentation. Les exemples récents touchent trop de filières pour qu’on puisse plaider le simple incident conjoncturel :
Pendant l’été 2023, les taux de ruptures de produits en rayon avaient atteint 10 % des références, soit cinq fois plus que d’habitude. Si ces ruptures n’ont pas entraîné d’achats de panique, comme cela avait pu être ponctuellement le cas lors de la crise Covid, le manque à gagner pour les filières s’élevait à 1,9 milliard d’euros. Des événements climatiques (pomme de terre, riz…), des épidémies (volaille…) ou le coût de l’énergie (intrants, transport, stockage…) ont largement perturbé l’approvisionnement des rayons.
En Inde à cette même période, les enseignes Burger King, McDonalds et Subway ont décidé de retirer les tomates de leurs burgers en raison de graves pénuries dues aux conditions météorologiques et une explosion des prix des matières première.
Au Royaume-Uni, McDonalds a réduit de deux à une les tranches de tomates dans ses Big Tasty à cause des conditions climatiques au Maroc et en Espagne et des coûts de l’énergie dans les serres britanniques et hollandaises.
Depuis le début de 2024, les prix des “futures” (contrats à terme par lesquels les parties s’engagent à acheter ou à vendre une quantité déterminée d’un actif) sur le jus d’orange à la Bourse de Londres ont doublé par crainte de pénuries à venir. Les derniers événements climatiques qui ont touché les zones de production, ouragans et vagues de gel en 2022 en Floride, sécheresses au Brésil en 2023, viennent d’aggraver des causes bien plus profondes de la mutation de ces zones de production, à cause du changement climatique et du développement de la maladie du verdissement des agrumes ; 40 % des orangeraies seraient touchées et la production mondiale devrait rester durablement à la peine.
À cause des intempéries sur le premier bassin de production mondial et du développement de la pourriture brune des cabosses, les prix du cacao ont été multiplié par cinq entre 2023 et juin 2024.
Le prix du café a augmenté de 147 % en un an à cause des sécheresses et des incendies au Brésil, mais aussi du typhon Yagi au Viêt-Nam.
Depuis 2014, des denrées agricoles aussi essentielles que le coton, le blé, le maïs, le riz ou le soja subissent des chocs économiques récurrents du fait des événements climatiques extrêmes qui s’ajoutent aux crises politiques ou sanitaires.
SOURCE : ILEC – La Voix des marques.

