PARIS : « Un outil pour mesurer la couverture médiatique des crises environnementales »
Lancé le 7 novembre 2024, l’Observatoire des médias sur l’écologie mesure de façon fiable et unifiée le traitement des sujets environnementaux par les chaînes de télévision et de radio.
Ce baromètre, qui sera élargi à la presse écrite en 2025, a été créé par un consortium d’associations à la suite d’un « appel à communs » de l’ADEME. L’association Expertises Climat en faisait partie. Sa fondatrice, Célia Gautier, nous raconte.
N’existait-il pas déjà de tels outils de suivi ?
Célia Gautier Pas vraiment. Nous avions tous l’intuition que la couverture des enjeux écologiques était insuffisante dans les médias. Mais les quelques études existantes (Observatoire des JT sur les changements climatiques, de Plus de Climat dans les Médias, Baromètre de l’Affaire du Siècle sur le traitement du climat lors de la campagne présidentielle de 2022, Étude Tagaday sur le traitement de la biodiversité depuis dix ans) ne donnaient qu’une vision partielle de la réalité. Elles ne portaient que sur le climat, ne s’intéressaient qu’aux journaux télévisés ou ne suivaient qu’une période électorale. Aucun acteur n’avait les moyens de mesurer le traitement médiatique de toutes les crises (climat, biodiversité et ressources) ni tous les médias de façon systématique. Cela a été rendu possible par l’appel à communs « Sobriété et résilience des territoires » lancé par l’ADEME en 2023. Plusieurs associations œuvrant pour une meilleure information de la population sur l’environnement (Plus de climat dans les médias, QuotaClimat et Expertises Climat) ont travaillé ensemble à la création de cet outil. Nous avons identifié les données à collecter auprès de la société de veille média Mediatree (lire encadré). Puis, avec l’aide de l’association Data For Good et du cabinet de conseil Eleven Strategy, nous les avons rendues accessibles au plus grand nombre : experts, journalistes mais aussi simples citoyens.
Vous avez commencé cette collecte de données en avril 2023. Quelle analyse pouvez-vous déjà en faire ?
C. G.L’environnement n’occupe en moyenne que 3,7 % du temps d’antenne à la télévision et à la radio, en baisse de 30 % depuis 2023. Cette couverture augmente lors des événements météorologiques extrêmes (canicules, sécheresses…), mais il est alors peu question de solutions. Les crises de la biodiversité et des ressources naturelles, qui ne se manifestent pas par des actualités chocs, sont en outre moins traitées que le climat (1 % de temps d’antenne pour la biodiversité et les ressources, contre 3 % pour le climat). Pourtant, selon le 6e rapport du GIEC, l’augmentation du volume d’informations disponibles sur les défis environnementaux renforcerait la capacité des citoyens à saisir l’urgence d’agir. Ces derniers sont d’ailleurs demandeurs. Lors d’une enquête menée par la Fondation Descartes en 2022, les personnes interrogées avaient exprimé le souhait d’avoir plus de contenus sur ces sujets.
Que faire pour améliorer la couverture des enjeux environnementaux par les médias ?
C. G.Notre Observatoire est un moyen d’informer les médias sur les sujets qu’ils pourraient traiter davantage. Notre rôle est aussi de les encourager à en parler à froid, et pas que dans les rubriques dédiées, de casser les silos. Il ne s’agit pas d’angler tous les articles et reportages autour de l’environnement. Dans de nombreux cas, une phrase suffit pour faire le lien, pour ne pas avoir une rubrique qui s’enthousiasme sur une actualité qu’une autre déplore. Ainsi, on peut parler du succès des vacances en croisières ou de l’augmentation du marché aérien d’un point de vue économique, tout en rappelant quelque part l’augmentation des pollutions qui y sont associées. Il y a un besoin d’acculturation des professionnels des médias. Chez Expertises Climat, nous nous focalisons aussi sur le caractère rigoureux et sourcé des informations présentées aux Français. Le manque de clarté entre faits et opinions, l’absence de confrontation face à des contre-vérités exprimées sur les plateaux TV, contribuent à l’augmentation du climato-scepticisme et à la polarisation de l’opinion. Nous encourageons donc les médias à mettre des experts à l’antenne, et les scientifiques à partager davantage leurs connaissances.
Qu’en est-il des personnes qui ne suivent l’actualité qu’à travers les réseaux sociaux ?
C. G.En plus d’être un défi économique pour les médias traditionnels, la migration des audiences vers les réseaux sociaux contribue à la désinformation du public. Pour être convaincus de revenir aux journaux classiques, les téléspectateurs, auditeurs et lecteurs demandent qu’on leur présente davantage de solutions. C’est l’un des autres enseignements de l’enquête de la Fondation Descartes. La seule couverture des catastrophes climatiques peut induire de l’anxiété, du déni ou de l’immobilisme. S’il est important d’aborder les conséquences des crises écologiques, ne serait-il pas plus judicieux d’équilibrer l’émission ou le journal en terminant sur des sujets plus positifs, qui ouvrent une fenêtre d’espoir et montrent qu’il est possible d’agir ? Cela aiderait, par ailleurs, les journalistes à ne pas avoir peur d’être trop anxiogènes et de perdre leurs audiences. Aujourd’hui, ils sont nombreux à s’autocensurer pour ce motif.
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