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PARIS : Un immense organisme vivant mais toxique, un mond…

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Gilles Carvoyeur
10 Mai 2024

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PARIS : Un immense organisme vivant mais toxique, un monde endommagé mais vivable

MarieVic s’est rendue dans l’une des plus grandes décharges de déchets électroniques au monde, Agbogbloshie – un bidonville situé à Accra (Ghana) où les ordinateurs et les technologies électroniques obsolètes sont brûlés et mis en pièces pour leur richesse en minéraux.

« Apprendre à supporter la difficulté de vivre et de mourir ensemble sur une terre endommagée s’avérera plus propice au type de pensée qui fournira les moyens de construire des avenirs plus vivables. » Donna J. Haraway.

Accessible par le grand marché du même nom, le site est un réseau complexe de kiosques transformés en habitations. C’est un immense organisme vivant, toxique et hautement pollué. Niché dans le ventre d’un marché, Agbogbloshie est un plan d’existence autonome, une réalité alternative. Le plan urbain est organisé en fonction des marchandises : il y a un quartier pour les pièces détachées automobiles, un quartier pour les réfrigérateurs, pour les ordinateurs et les imprimantes, pour les articles ménagers tels que les machines à laver, les aspirateurs, les micro-ondes, etc. Une fois les déchets électroniques déchiquetés, ce qu’il en reste (le verre de l’iPhone, le polystyrène du réfrigérateur, la coque en plastique de la télévision…) est acheminé vers une décharge à ciel ouvert pour y être brûlé.


MarieVic y a développé un travail vidéo dans lequel de petits drones errent sans but dans un paysage étranger, résultat de l’obsession de l’Occident pour la consommation et l’obsolescence. Les images de Stranger Things amènent le spectateur dans un paysage dystopique où les drones pilotés à distance anthropomorphisent la scène. Les drones portent tous le logo souriant d’Amazon, un signe commun et amical qui fait allusion aux questions liées aux relations désincarnées avec le commerce dans les sociétés occidentales. Par ailleurs, des marques comme Hermès, Balenciaga, Off White ou Louis Vuitton sont couramment visibles à Agbogbloshie.
Issue d’une dévastation écologique, Stranger Things dépeint une réalité dans laquelle il n’y a pas de hiérarchie entre les humains, les non humains et les choses, où au contraire toutes les vies sont imbriquées et existent dans un monde endommagé mais vivable.

MARIEVIC

MarieVic est née à Paris et vit actuellement à New York. Elle est diplômée de l’École Spéciale d’Architecture et a obtenu un MFA de Parsons The New School for Design. Le travail de MarieVic déploie une réflexion sur la consommation comme mode d’existence, en questionnant avec humour les fétiches et désirs des cultures marchandes. Le médium utilisé varie considérablement, au fil des projets – son atelier produit des sculptures, des photographies et des vidéos.
Son travail a été exposé à Red Bull Arts (New York), Eyebeam (New York), Palais de Tokyo (Paris), MOCA (Toronto), Mucem (Marseille), Stems Gallery (Bruxelles), Eigen+Art (Berlin), Galerie Magda Danysz (Paris). En plus d’être présenté dans Nowness, Visionaire, iD, Vogue, W Magazine, Wallpaper et Vice.
En 2015, elle a remporté un prix pour Blowing Riccardo au Fashion Film Festival de Milan. En 2018, elle a remporté le prix de la Biennale internationale de photographie de Lishui pour Uniclones.
MarieVic est également l’auteure du livre dédié à l’architecte François Roche : Qui es-tu François Roche ? qui accompagnait sa rétrospective.

 Stranger Things, MarieVic © MarieVic