PARIS : UDI – Le français, 4ème langue mondiale, « so…
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PARIS : UDI – Le français, 4ème langue mondiale, « soft power » ou illusion ?
Nathalie Marajo-Guthmuller, Conseillère de la Collectivité européenne d’Alsace, Vice-présidente du Parc Naturel Régional des Vosges du Nord et Professeur de lettres en collège.
Le dernier rapport de l’Organisation internationale de la Francophonie annonce 396 millions de locuteurs et une quatrième place mondiale pour la langue française. Certains y verront une victoire. Gardons-nous de toute illusion. Ce chiffre ne doit pas nous rassurer, il doit nous obliger.
Car une langue, a fortiori la nôtre, ne peut se réduire à une statistique, elle doit s’inscrire dans un rapport de force.
Oui, le français progresse. Cette hausse tient en partie à un changement de méthode, intégrant les enfants scolarisés en français. Le signal est encourageant, mais fragile. Or une langue ne gagne pas en influence parce qu’elle est enseignée, elle s’impose parce qu’elle est utile, désirée, dominante dans certains espaces clefs. L’enjeu ne réside pas dans le nombre, mais dans la capacité d’influence et les terrains où elle s’affirme.
Deuxième langue la plus apprise, présente dans presque tous les systèmes éducatifs : le français circule encore. Mais cette circulation ne garantit pas son influence. Une langue peut être apprise sans être choisie, connue sans être utilisée. La croissance actuelle repose sur l’éducation. Mais sans investissements massifs, sans enseignants formés, cette dynamique s’effondrera. Le soft power linguistique commence dans les salles de classe.
Troisième langue des échanges internationaux, il reste un outil de puissance économique concret dans de nombreuses régions. Dans les faits, il donne accès à l’emploi, aux réseaux, aux marchés. Voilà le véritable « soft power », celui qui ouvre des portes. Une langue qui ne remplit plus de fonctions utiles est une langue qui décline.
Or, on annonce souvent le recul du français face à l’anglais au Maghreb. La réalité est plus nuancée. L’anglais progresse, oui. Mais le français demeure une langue de travail, d’enseignement, de distinction sociale. Il ne disparaît pas : il est mis en concurrence. Désormais, le français doit convaincre. Et s’il ne convainc plus, il reculera.
Le vrai risque est là, dans les contenus numériques ou dans l’intelligence artificielle. Une langue absente du numérique devient invisible puis marginale. Il ne s’agit plus de défendre le français, mais de le projeter dans les technologies de demain.
Le français n’est pas condamné. Mais il n’est pas sauvé. Il est à un moment de vérité : soit nous faisons le choix politique d’en faire une langue d’influence, d’économie et de savoir, soit nous nous contentons de célébrer des chiffres en regardant, lentement, notre langue reculer.
SOURCE : UDI – Les infos de la semaine.


