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PARIS : Trois questions à Stéphane ORLANDO et Aurélie GSELL

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PARIS : Trois questions à Stéphane ORLANDO et Aurélie GSELL

Né le 20 mars 1967 à Avignon, Stéphane Orlando est le fondateur et président de l’Association MÉMOIRE DE POILUS depuis le 5 décembre 2002.

Passionné d’histoire 14-18 depuis son enfance, il restaure et revalorise le matériel et les véhicules de la Grande Guerre dans le cadre de son association. Le plus gros projet fut la restauration d’un char Saint Chamond, labélisé centenaire.

1 – Pouvez-vous nous présenter votre association ?

Notre association MÉMOIRE DE POILUS est créée le 5 décembre 2002 du succès que connaît notre exposition temporaire sur la Grande Guerre, en novembre 2002, réalisée à Caumont-sur-Durance (Vaucluse), et en l’honneur de Monsieur Marius ESTRATAT, dernier Poilu 14-18 de la région PACA encore en vie et de surcroît Caumontois.

Depuis sa création, l’association s’attache à transmettre particulièrement l’histoire de la Grande Guerre auprès de tous, s’inscrivant ainsi dans la mission du devoir de mémoire auprès du plus large public, la pédagogie et la transmission étant au cœur de ses nombreuses activités.

Cependant, les anciens de conflits plus récents tels que la Seconde Guerre mondiale ou la Guerre d’Algérie, ne sont plus ou sont très peu nombreux pour pouvoir encore témoigner. C’est pourquoi beaucoup de nos membres sont de véritables passeurs de mémoire car nous ne limitons pas la mémoire à une guerre.

Une de nos principales activités est la restauration et la remise en marche de véhicules anciens (Renault EP 1916, Berliet CBA, Liberty, ambulance Berliet de campagne, etc…) de la Première Guerre mondiale, au sein des Ateliers de la Madelon.

Ceux-ci nous permettent de présenter en reconstitution des aspects moins classiques comme, par exemple, les combattants en uniforme ou l’armement uniquement.

En 2012, dix ans après la création de l’association, un nouveau gros projet voit le jour : La Tranchée des Crapouillots, une tranchée de première ligne reconstituée avec abris, no man’s land et matériels, accessible aux personnes à mobilité réduite. Sa vocation est avant tout pédagogique pour les groupes la visitant. Elle s’inscrit aussi dans une volontaire égalitaire : permettre aux jeunes, ne pouvant se rendre sur les anciens champs de bataille dans la moitié nord de la France, de ne pas être pénalisés par leur éloignement géographique et le coût de transport.

Ces outils de transmission permettent ainsi de garder vivante la mémoire des soldats, Vauclusiens en particulier, quels qu’ils soient et qui subissent autant que d’autres la violence de la guerre.

2 – Quelle est la place aujourd’hui du monde de la reconstitution dans les initiatives mémorielles ?

Notre association étant née de la volonté de transmettre, le devoir de mémoire est au centre de toutes nos actions : participation aux cérémonies patriotiques, entretien des tombes militaires de la commune, expositions, conférences, interventions culturelles auprès des scolaires et du public en général, recherches historiques et généalogiques, publications.

Mémoire de Poilus n’était pas à la logique une association de reconstitution historique. La reconstitution historique est venue à nous plus que nous sommes allés à elle. C’est une manière supplémentaire de transmettre la mémoire, une manière vivante de transmettre à tous ceux qui souhaitent découvrir, questionner, partager.

Nous ne prenons pas la place de ceux qui ont vécu cette guerre, nous en sommes les relais, les voix, surtout depuis notre rencontre, très émouvante, avec Marius Estratat.

Les témoins ne sont plus aujourd’hui, et nous sommes aujourd’hui peu dans notre association à avoir eu la chance de connaître des anciens combattants.

C’est pourquoi nous nous attachons à répondre présents pour les commémorations de notre commune évidemment, dans d’autres lieux lorsque nous sommes sollicités, sans distinction de conflit, ni de différenciation entre les combattants et les civils.

Aussi, la reconstitution historique est une manière de faire vivre la mémoire, partout où nous nous rendons.

Voici quelques exemples :

En 2008, nous avons participé à un évènement en Pays de Meaux (77), sur les anciens champs de bataille de la Première bataille de la Marne. Il était évident pour nous de représenter les soldats du 276ème RI qui ont pris part à cette bataille.

La période du centenaire du conflit 14-18 a été chargée en évènements et nous avons été à la rencontre dans des lieux tels que le Jardin des Tuileries, Berry-au-Bac, Saumur, Le Service Historique de la Défense à Vincennes et bien d’autres !

En 2016, nous nous sommes lancés dans une aventure particulièrement marquante et émouvante : remonter depuis le Vaucluse pour parcourir la Voie Sacrée avec nos véhicules d’époque (ambulance Berlier 1913, automitrailleuse). L’accueil a été chaleureux.

Enfin, depuis le 11 novembre 2011, nous sommes un partenaire fidèle du musée de la Grande Guerre. Nous étions présents à son ouverture et revenons tous les ans depuis pour diverses interventions, en particulier le week-end de reconstitution historique que nous avons créé avec une poignée de passionnés à l’époque.

Cette année, nous accompagnons une classe d’élèves de primaire dans le cadre du concours de l’ONACVG, les Petits Artistes de la Mémoire.

Un projet qui nous tient à cœur car il est important de transmettre aux plus jeunes, ils sont les relais de demain d’une histoire qui s’éloigne inéluctablement.

Nous luttons à notre manière contre l’oubli des protagonistes de la Grande Guerre.

3 – Comment voyez-vous l’évolution de la vie commémorative dans les prochaines années ?

Depuis plus de vingt ans nous participons à la vie commémorative : entretien du carré militaire et cérémonies dans notre commune Caumont-sur-Durance et ailleurs en France, reconstitution historique, actions culturelles, restauration de patrimoine.

Depuis 2014, notre association est affiliée au Souvenir Français. C’est pour nous une reconnaissance, un véritable gage de confiance de notre implication quotidienne dans le devoir de mémoire.

La sensibilisation du public à la question mémorielle évolue avec le temps et la société, il n’est donc pas facile de se projeter dans l’avenir.

Cependant, tant que des personnes s’intéresseront, tant qu’il nous sera permis de transmettre aux plus jeunes, tant que nous pourrons poursuivre nos activités culturelles, les valeurs républicaines et patriotiques se maintiendront, le devoir de mémoire y étant central.

La mémoire est l’affaire de tous, l’éducation à la mémoire concerne tout un chacun. Nous avons choisi de nous mettre à contribution au quotidien pour le devoir de mémoire et espérons que la société actuelle et future gardera une place pour la vie commémorative.

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SOURCE : La lettre n°95 du Souvenir Français.