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PARIS : Tourisme – Crises géopolitiques et sanitaires…

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PARIS : Tourisme – Crises géopolitiques et sanitaires plombent la reprise du secteur

Fragilisé par les tensions géopolitiques et la résurgence de l’hantavirus, le tourisme mondial voit sa reprise post-Covid compromise.

Le secteur du tourisme mondial, qui espérait consolider son rebond après la crise du Covid-19, fait face à une nouvelle zone de turbulences. Entre la guerre en Ukraine, l’embrasement du Moyen-Orient et l’émergence d’un risque sanitaire avec l’hantavirus, un climat d’incertitude pèse lourdement sur une industrie représentant plus de 10 % du PIB mondial. Les indicateurs économiques virent à l’orange, témoignant de l’hypersensibilité du secteur aux chocs externes.

Un contexte géopolitique qui rebat les cartes

L’escalade des tensions au Moyen-Orient, marquée par l’offensive américano-israélienne contre l’Iran et le blocus du détroit d’Ormuz, a provoqué un choc énergétique majeur. La flambée du prix du kérosène se répercute directement sur les tarifs des billets d’avion, forçant les compagnies aériennes à revoir leur stratégie. Plusieurs transporteurs européens ont déjà réduit leurs capacités, à l’image de Lufthansa qui a supprimé des milliers de vols pour tenter d’absorber la hausse de ses coûts d’exploitation.

Cette inflation se propage à toute la chaîne de valeur touristique et contraint les ménages à des arbitrages budgétaires drastiques, où les loisirs sont souvent la première variable d’ajustement. Selon une étude Ifop citée par l’Alliance France Tourisme, quatre Français sur dix envisagent de modifier ou de reporter leurs projets de vacances en raison du contexte international. Le phénomène est global : les voyageurs américains, australiens et européens hésitent à s’engager, redoutant notamment les zones de transit aérien situées à proximité des conflits. En conséquence, les destinations du Moyen-Orient, qui affichaient des taux de croissance records en 2023 et 2024, voient leur fréquentation s’effondrer brutalement.

L’hantavirus, nouveau facteur d’anxiété

Au climat géopolitique tendu s’ajoute une préoccupation sanitaire inattendue : la résurgence de cas d’hantavirus. Bien que les autorités tentent de rassurer, à l’instar du sénateur Philippe Tabarot pour qui « les Français peuvent voyager comme ils le souhaitent », la forte médiatisation de ce virus, dont le taux de mortalité peut atteindre 40 %, alimente un sentiment d’inquiétude généralisé. Déjà fortement éprouvés par la pandémie, les croisiéristes sont de nouveau contraints de déployer des protocoles sanitaires renforcés pour rassurer une clientèle devenue particulièrement méfiante.

La France, entre destination refuge et fragilité

Première destination touristique mondiale, la France n’est pas imperméable à ces secousses. Si les données du Trésor pour 2025 montraient une progression des exportations touristiques, cette dynamique reposait en partie sur le report de voyageurs qui évitaient le Moyen-Orient. Les signaux plus récents, pour le printemps 2026, sont moins encourageants. Les professionnels du secteur constatent une baisse de la fréquentation des touristes étrangers, notamment allemands, belges, hollandais et américains, et expriment leur inquiétude face à une saison estivale qui s’annonce incertaine. La perception d’une France « trop chère », dans un contexte d’inflation énergétique, pèse également sur son attractivité.

Les territoires sont inégalement affectés. Tandis que certaines zones littorales comme la Côte d’Azur tirent leur épingle du jeu en capitalisant sur leur image de destination sûre, l’Ouest et plusieurs zones rurales subissent des baisses de fréquentation, obligeant les hébergeurs à multiplier les offres promotionnelles pour attirer les clients.

Réinventer le tourisme pour survivre aux crises

Paradoxalement, cette conjoncture pourrait offrir des opportunités. Le phénomène de « staycation », consistant à voyager près de chez soi, gagne de nouveau en popularité. « La France devient une destination refuge », estime le consultant Dominique Lecea. Les touristes européens pourraient privilégier des destinations proches et accessibles en train ou en voiture.

Cependant, ce tourisme de proximité ne suffit pas à compenser la perte des clientèles lointaines, notamment asiatiques et moyen-orientales, réputées pour leurs fortes dépenses. Dans les palaces parisiens, des suites restent inoccupées, illustrant un effet ciseau redouté par les professionnels : une baisse de la fréquentation couplée à une hausse des coûts structurels.

Le secteur a déjà prouvé sa résilience par le passé, mais la multiplication des crises impose désormais une transformation profonde. La diversification des marchés, la réduction de la dépendance au transport aérien, la montée en gamme de l’offre et l’accélération de la transition écologique apparaissent comme des leviers indispensables pour reconstruire un modèle plus robuste. À court terme, le secteur navigue à vue, rythmé par des réservations de dernière minute, dans l’attente d’un horizon plus stable.

Bernard BERTUCCO VAN DAMME via Press Agence.