PARIS : Tassiana AIT TAHAR : « C’est un peu la photo…
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PARIS : Tassiana AIT TAHAR : « C’est un peu la photo qui m’a sauvée »
Fisheye Éditions dévoile *Uber Life*, première monographie de la photographe Tassiana Aït-Tahar documentant la réalité brute des livreurs de plateformes.
C’est un ouvrage qui promet de faire date dans la documentation visuelle des nouvelles formes de travail. Le 27 mars 2026, Fisheye Éditions publiera *Uber Life*, la première monographie de Tassiana Aït-Tahar. À la croisée du journal de bord, du reportage photographique et de l’enquête sociale, ce livre offre une plongée sans concession dans le quotidien des livreurs Uber Eats, métier que l’artiste a elle-même exercé durant la période critique de la pandémie de Covid-19.
Témoignage d’une génération ubérisée
L’ouvrage se présente comme un témoignage hybride, mêlant photographies, captures d’écran et textes personnels. Tassiana Aït-Tahar y dévoile les rouages d’un système souvent opaque pour le consommateur final : la précarité, l’épuisement physique et la charge mentale imposée par les algorithmes. Pourtant, au-delà du constat social, l’artiste met en lumière l’entraide, la résilience et une forme d’humour nécessaire à la survie dans cet écosystème numérique.
« Je m’appelle Tassiana Aït-Tahar, je suis en vie. Je suis aussi artiste. Mais c’est récent, parce que pendant longtemps je ne savais pas ce que je faisais dans la vie », confie l’auteur.
« Avant d’être artiste, j’étais livreuse Uber Eats. J’ai commencé Uber fin 2018, je ne voulais plus aller à la fac parce que j’avais découvert la photo. Je voulais faire que ça dans ma vie. C’est un peu la photo qui m’a sauvée ».
De la rue aux galeries d’art
Le parcours de Tassiana Aït-Tahar illustre cette quête de sens. Née à Metz en 1997, elle a intégré la première promotion Art & Image de l’école Kourtrajmé à Clichy-Montfermeil, dont elle est sortie diplômée en 2021, avant de rejoindre l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris en 2023. C’est lors de ses études à Kourtrajmé que l’artiste contemporain JR l’a encouragée à partager son histoire. Ce dernier intervient d’ailleurs dans l’ouvrage à travers une interview croisée, offrant un regard rétrospectif sur l’évolution de sa protégée. L’ouvrage ne se contente pas de l’approche artistique ; il est enrichi par une analyse sociologique rigoureuse. Sarah Abdelnour, maîtresse de conférences à l’Université Paris-Dauphine et spécialiste du travail indépendant, signe la postface, tandis que Fabien Lemozy, sociologue et clinicien du travail, apporte des commentaires de texte. Ces interventions permettent de contextualiser le vécu de la photographe au sein des mutations plus larges du monde du travail.
Lancement et précommandes
Le livre *Uber Life*, actuellement en campagne de précommande sur la plateforme Ulule (https://fr.ulule.com/) jusqu’au 9 mars 2026, sera officiellement lancé le vendredi 27 mars à la Librairie du Jour de la Fondation agnès b., située place Jean-Michel Basquiat dans le 13ème arrondissement de Paris. L’événement bénéficie du soutien du fonds de dotation agnès b., confirmant l’intérêt du monde de l’art pour ces écritures documentaires contemporaines.
Une actualité éditoriale dense
Si *Uber Life* occupe le devant de la scène en ce début d’année 2026, Fisheye Éditions continue d’enrichir son catalogue avec des œuvres marquantes. La maison d’édition propose actuellement *Cafoucho*, une monographie rétrospective du photographe Boby, retraçant quinze ans de carrière, des reportages politiques aux coulisses de concerts. Ce « bric-à-brac visuel », disponible sur le store de l’éditeur (https://store.fisheyemagazine.fr/), témoigne de l’approche irrévérencieuse de l’artiste. Dans un registre plus mémoriel, Yves Samuel a signé *Liberté, Objets, Fraternité*, un ouvrage poignant réalisé en partenariat avec le Musée et Mémorial du Terrorisme. Dix ans après les attentats du 13 novembre, le photographe a dressé le portrait des objets déposés en hommage aux victimes, transformant ces fragments de douleur en symboles de mémoire collective.
Enfin, l’éditeur met en avant l’édition augmentée de *Maurice, Tristesse et rigolade* de la photographe belge Charlotte Abramow. Ce projet intime, documentant la maladie et la résilience de son père, s’est enrichi d’un livret inédit intitulé *Vivre sans, Vivre avec*, où l’artiste évoque le deuil et le lien invisible qui perdure sept ans après la disparition de son père.