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PARIS : Souveraineté numérique – L’Assemblée nationale se penche sur les dépendances de la France

Une commission d’enquête parlementaire débute ce mardi ses travaux pour évaluer la dépendance de la France aux géants du numérique.

Face à la domination des puissances numériques américaines et chinoises et dans un contexte géopolitique de plus en plus tendu, l’Assemblée nationale lance ce mardi 10 mars 2026 une commission d’enquête sur la souveraineté numérique de la France. Initiée par le groupe Écologiste et Social, cette commission vise à identifier les « dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques » qui menacent l’indépendance du pays.

Les travaux, qui se poursuivront jusqu’au mois de mai, sont présidés par Philippe Latombe, député du groupe Démocrate (MODEM et indépendants), et ont pour rapporteure Cyrielle Chatelain, présidente du groupe Écologiste et Social. Cette configuration transpartisane souligne l’importance stratégique du sujet pour l’ensemble des forces politiques.

Un enjeu stratégique dans un contexte mondial instable

La création de cette commission intervient à un moment jugé critique. « À l’heure de la montée en puissance des régimes autoritaires, de l’accélération des conflits politiques sur la scène internationale et de la remise en cause sans précédent du droit international, il est indispensable de travailler à notre autonomie numérique », souligne le communiqué du groupe Écologiste. La domination exercée par les États-Unis et la Chine sur des pans entiers du secteur numérique est perçue comme la construction d’une « super puissance stratégique ».

Les parlementaires s’inquiètent notamment de la course effrénée à la captation et à la manipulation des données des utilisateurs, qui représente des menaces grandissantes tant pour les libertés individuelles que pour la sécurité collective de la nation.

La pression croissante du lobbying de la Tech

La commission d’enquête s’ouvre dans un climat de pression accrue sur les régulations européennes. Le retour au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis s’est accompagné de demandes explicites visant à affaiblir les cadres de protection des données en Europe.

Parallèlement, l’influence des géants de la technologie ne cesse de croître à Bruxelles. Selon les chiffres cités, l’industrie de la Tech a dépensé 151 millions d’euros en lobbying européen en 2025, soit trois fois plus que le lobby pharmaceutique. Une propagande qui, selon les instigateurs de la commission, se dissimule derrière des termes comme « simplification » et « compétitivité » pour faire avancer ses intérêts.

Trois axes d’investigation pour un diagnostic précis

Afin de mesurer objectivement les faiblesses structurelles de la France, les députés auditionneront un large éventail d’acteurs : représentants publics, chercheurs, spécialistes des technologies, dirigeants de multinationales du numérique et défenseurs des libertés. Les investigations s’articuleront autour de trois axes principaux :

  1. La dépendance des administrations publiques et des opérateurs d’importance vitale (OIV) vis-à-vis des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft).
  2. La maîtrise réelle de la France sur ses infrastructures numériques stratégiques (câbles, data centers, cloud).
  3. Les faiblesses structurelles en matière de protection des données des citoyens français et les solutions concrètes pour y remédier.

Des auditions inaugurales de haut niveau

Les travaux de la commission débutent dès ce mardi après-midi au Palais-Bourbon. La première audition, à 13 heures, est celle d’Henri Verdier, ancien Ambassadeur pour le numérique et actuel directeur général de la fondation Inria, un acteur clé de la recherche publique dans les sciences du numérique.

Elle sera suivie à 14 heures d’une table ronde réunissant deux experts reconnus : David Chavalarias, directeur de recherche au CNRS et directeur de l’Institut des systèmes complexes de Paris Île-de-France, ainsi que Robin Berjon, informaticien et directeur de l’agence Supramundane. Leurs analyses initiales devraient permettre de poser les premiers jalons d’un diagnostic qui s’annonce crucial pour l’avenir de l’indépendance française.

Les informations relatives aux travaux de la commission sont consultables sur le site de l’Assemblée nationale (https://www.assemblee-nationale.fr).