PARIS : Souveraineté nationale – Chronique d’un…
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PARIS : Souveraineté nationale – Chronique d’un démantèlement méthodique
La France a méthodiquement démantelé sa propre souveraineté au profit d’une fiction européenne, fragilisant ses secteurs stratégiques.
Il fut un temps où la souveraineté française était un réflexe de survie pour l’État, définissant sa maîtrise exclusive sur son territoire et sa population. Aujourd’hui, le concept semble s’être vidé de sa substance, devenant un argument rhétorique souvent brandi par ceux qui, paradoxalement, organisent son affaiblissement. Une analyse détaillée met en lumière un processus de délitement mené depuis plus de trente ans.
L’illusion d’une « souveraineté européenne »
Les étapes de cet abandon sont bien identifiées : le traité de Maastricht, l’adoption de l’euro et les transferts successifs de compétences ont progressivement érodé l’indépendance nationale. Le rejet massif de la Constitution européenne par les Français lors du référendum de 2005 n’a pas freiné cette dynamique. Les élites politiques ont poursuivi la construction d’un projet européen technocratique, souvent perçu comme déconnecté des peuples.
Dans cette lignée, le concept de « souveraineté européenne » promu par Emmanuel Macron est présenté comme une fiction politique. Loin de renforcer le continent, cette notion servirait de paravent à un pouvoir cherchant à s’émanciper du contrôle démocratique national, sans pour autant susciter l’adhésion des autres États membres ou de leurs citoyens.
Énergie et santé : les piliers effondrés
Pendant que le débat s’enlise dans des concepts abstraits, la souveraineté concrète, celle qui assure l’autonomie d’un pays, s’effondre dans des secteurs vitaux. Le domaine de l’énergie en est l’exemple le plus frappant.
« Cet emploi ad libitum du terme cache une certaine impuissance », souligne l’économiste Sébastien Laye.
Malgré les promesses de ne fermer aucun réacteur, la loi énergie-climat prévoyant de réduire la part du nucléaire à 50 % reste en vigueur. Cette politique a engendré une dépendance accrue aux énergies fossiles, une envolée des prix et la prise de conscience brutale d’une incapacité à garantir la propre production électrique du pays.
Le secteur pharmaceutique a connu un naufrage similaire. La France, dotée d’une industrie de pointe pour les molécules complexes, se révèle incapable de produire des médicaments de base, comme le paracétamol.
« La France s’est retrouvée avec une industrie pharmaceutique de pointe mais incapable de produire des médicaments simples ».
Une nation qui importe ses traitements les plus courants n’est plus une nation pleinement souveraine.
Une décadence face aux puissances mondiales
Le diagnostic est sévère. Pour l’analyste Jean-Sylvestre Mongrenier, le terme de déclin est insuffisant ; il s’agit d’une décadence.
« Notre déclin, nous l’avons fabriqué de nos propres mains ».
Pendant que la France et l’Europe se noient sous un excès de normes, les grandes puissances mondiales comme les États-Unis et la Chine protègent et subventionnent massivement leurs industries stratégiques. La domination des GAFAM, la toute-puissance du dollar et les investissements colossaux dans les nouvelles technologies contrastent avec une Europe qui semble s’interdire de créer ses propres champions.
« Rien de ce qui s’observe aux États-Unis ou en Chine n’est imaginable en Europe ».
La souveraineté numérique reste, dans ce contexte, un mirage.
La Défense, dernier bastion sous influence
La Défense demeure l’un des derniers domaines où la France conserve une réelle capacité d’action autonome.
« La France est la première armée du continent européen », rappelle le politologue Paul Melun.
Toutefois, cette force est fragilisée par son intégration dans des alliances comme l’OTAN, où les intérêts nationaux peuvent être relégués au second plan. La présence au sein de la même alliance d’un pays comme la Turquie, dont les actions vont parfois à l’encontre des intérêts français, illustre les contradictions de cette position. La question de la place de la France dans le commandement intégré de l’OTAN se pose avec acuité pour qui veut cesser d’être une simple variable d’ajustement de la stratégie américaine.
La conclusion de cette analyse est sans appel : la souveraineté ne peut être un slogan. Elle repose sur trois piliers fondamentaux : la capacité à produire, à décider et à protéger. Tout le reste n’est que rhétorique.
Bernard BERTUCCO VAN DAMME (PRESSE AGENCE – LA GAZETTE DU VAR).


