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PARIS : Souvenir Français – L’œil de l’Historien Mi…

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PARIS : Souvenir Français – L’œil de l’Historien Michel MERCKEL

Michel MERCKEL est professeur d’EPS honoraire et ex international de judo. Historien du sport et conférencier, ses travaux ont été salués dans de nombreuses revues nationales.

Son ouvrage « 14-18, le sport sort des tranchées, un héritage inattendu de la Grande Guerre » a obtenu le Prix du Document 2012 parrainé par le Comité National Olympique du Sport Français, le Prix du Fair-Play 2013 attribué par le Comité Français du Fair-Play, le Prix La Plume et l’Épée 2013 décerné par le forum de la Pensée Militaire. FRANCE 2 en a réalisé un documentaire « 1914-1918, le Sport à l’épreuve du feu ».

La montée de la pratique sportive durant le conflit de 14-18 et ses conséquences sur le sport Français.

On a longtemps pensé que le sport avait connu une période de sommeil, voire de régression durant la Première Guerre mondiale. Imaginer qu’au milieu des champs de bataille et entre les tranchées les Poilus aient pu jouer au football, au rugby, organiser des compétitions d’athlétisme, de boxe, de cyclisme, de gymnastique ou de natation, cela semble totalement inconcevable. Et pourtant, contrairement à cette idée reçue, la Grande Guerre a été l’occasion pour des millions de Poilus de découvrir la pratique sportive.

A- Le sport en France avant 1914

La pratique sportive en France à l’aube du conflit

En 1914, sur une population essentiellement rurale de 41 600 000 habitants, on compte 1 500 000 Français affiliés dans 6 000 sociétés de gymnastique et de tir dont la devise est « Pensons-y toujours, n’en parlons jamais ». Cette référence à la défaite de 1870 fait de ces centres des lieux de préparation militaire dont l’objectif est la revanche. Parallèlement, on estime entre 300 000 à 400 000 le nombre de pratiquants s’adonnant régulièrement au sport. Cette activité se situe dans le cadre d’une compétition. Elle est régie par des règles précises et donne lieu à un classement.

Le Football et le Rugby avant 1914

Le rugby arrive en France grâce à Frederick Langstaff, un Anglais, qui crée en 1872 le premier club français Le Havre Athlétique Club. Très vite, les catholiques condamnent cette activité, car les contacts et les gestes qui l’entourent sont trop violents, tandis que l’école laïque la met en avant comme complément idéal à la formation mentale et physique des individus. Le rugby devient vite une activité très suivie, pratiquée par les couches populaires. Il est géré par l’Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques.

Pour le football, c’est un mouvement anglophile de la bourgeoisie du Second Empire qui aide à son introduction. Ainsi, les premiers footballeurs français sont exclusivement recrutés parmi les familles aisées du pays. Perçue comme une forme de privilège, sa pratique se développe dans le cadre de la Fédération de Gymnastique et Sportive des Patronages de France et touche relativement peu les couches populaires.

Ces deux sports déchaînent déjà les passions et se retrouvent au cœur des tensions qui déchirent la France. Le rugby bénéficie d’un regard globalement favorable à l’échelle du pays en étant associé à l’idéologie républicaine, à la gauche laïque, au peuple. Alors que le football est identifié à l’Empire, à l’aristocratie, à la droite catholique.

B- Le sport au front

La raison des premières rencontres sportives

Le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. Nos soldats se trouvent engagés dans une guerre de mouvement. Après la première victoire de la Marne, l’armée allemande opère un repli défensif, la Course à la mer est engagée et les tranchées se creusent de part et d’autre. La guerre de position commence, les Pantalons Rouges deviennent les Poilus. Si, lorsqu’ils sont dans les combats, les soldats sont trop occupés à survivre, pendant les périodes de calme, loin de leur famille, de leur travail, de leur village, ils s’ennuient. Henri Barbusse écrit dans Le feu : « On est devenu des machines à attendre. » Afin de gérer ces longs moments chargés d’angoisse et de cafard, les Poilus vont se mettre spontanément à pratiquer diverses activités dont le sport.

La montée de la pratique sportive

Devant l’engouement que suscite ce type d’activité, certains officiers vont avoir l’idée de la substituer à la rébarbative gymnastique militaire. Cette initiative va permettre d’étendre cette pratique physique naissante. Surpris par des activités qu’ils ne connaissaient pas, les soldats découvrent le sport. Dès lors, des comptes-rendus apparaissent dans les journaux de tranchées décrivant un foisonnement de rencontres sportives. Le nombre de pratiquants, d’équipes et de matchs se multiplie et marque un réel essor du sport dans la zone du front. Paul Andrillon, caporal au 119e RI, écrit à ses parents le 20 février 1915 : « C’est un vrai délassement que de jouer au football de temps à autre, bien loin de fatiguer les poilus, ça redonne de l’énergie en faisant jouer les articulations qui ont plutôt besoin de ça ; et puis c’est si bon de plaquer les copains…j’ai plusieurs copains de la campagne qui ignoraient tout de ce noble sport et sont en train de devenir fanatiques du ballon ovale. Apprendre la pratique du football dans les tranchées, c’est plutôt rigolo. » À noter qu’à cette époque, le rugby est appelé football ! À partir de mars 1916, on constate une diminution de la pratique sportive. La bataille de Verdun fait rage. Le 1er juillet, la bataille de la Somme est engagée avec les Alliés et paradoxalement, la relance du sport va venir de cette bataille.

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SOURCE : La lettre n°96 du Souvenir Français.