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PARIS : Soins transfrontaliers – Un déficit de 118 millions d’€ qui se creuse face à l’Europe

Selon une étude HelloSafe, la France affiche un lourd déficit dans le système européen de soins, une rupture avec son excédent de 2017.

La balance des comptes de la France en matière de soins de santé transfrontaliers en Europe est passée dans le rouge vif. Le pays a versé 118 millions d’euros de plus qu’il n’en a reçu en 2024, un déficit qui la place au deuxième rang des pays européens les plus contributeurs nets, juste derrière le Royaume-Uni, dont le solde est négatif de 118 millions également (291 M€ versés pour 173 M€ perçus).

Cette situation marque une inversion de tendance spectaculaire. En 2017, la France bénéficiait encore d’un excédent de 63 millions d’euros. Le basculement s’est opéré en 2021 et le déficit n’a cessé de s’aggraver depuis, sous l’effet conjugué de plusieurs facteurs structurels. À l’inverse, l’Espagne et l’Autriche apparaissent comme les grands bénéficiaires du système, avec des excédents respectifs de 135 et 140 millions d’euros, largement alimentés par les dépenses de santé des touristes, notamment français.

L’analyse, publiée par la plateforme de comparaison financière HelloSafe (https://hellosafe.com/fr/), s’appuie sur les données publiques de la Commission européenne (DG EMPL) pour la période 2017-2024, couvrant 32 pays.

Une reprise touristique asymétrique

Le premier facteur explicatif réside dans la dynamique post-pandémique des flux touristiques. Dès 2021, les Français ont massivement repris le chemin de leurs destinations favorites comme l’Espagne, le Portugal ou l’Italie, générant des dépenses de santé prises en charge par la Carte Européenne d’Assurance Maladie (CEAM).

Dans le même temps, la France a subi un manque à gagner important du côté des recettes. La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne a mécaniquement tari le flux de touristes britanniques dont les soins étaient auparavant remboursés à la France. Cet effet de ciseaux – une explosion des dépenses sortantes non compensée par les recettes entrantes – a lourdement pesé sur la balance.

L’inflation des coûts de santé en Europe

Le mécanisme de remboursement européen veut que la France paie les soins de ses ressortissants au tarif réel pratiqué dans le pays d’accueil. Or, l’après-Covid a été marqué par une forte inflation des tarifs hospitaliers dans plusieurs pays du sud de l’Europe. En Espagne, au Portugal et en Italie, les coûts ont grimpé sous la pression de la hausse des prix de l’énergie, des revalorisations salariales et des investissements nécessaires au renouvellement des équipements médicaux.

Selon les données d’Eurostat, l’indice harmonisé des prix des services de santé en zone euro a ainsi progressé de 12 % entre 2020 et 2023. Par conséquent, même à volume de soins constant, la facture pour la France a mécaniquement augmenté.

Le profil vieillissant des voyageurs français

Le dernier élément clé est de nature démographique. La tranche d’âge qui voyage le plus en Europe est désormais celle des 60-75 ans. Or, ce public est également le plus grand consommateur de soins, et souvent les plus coûteux : cardiologie, orthopédie, soins post-opératoires.

Les chiffres illustrent parfaitement ce phénomène. Le coût moyen d’un dossier de soins pour un ressortissant français à l’étranger s’élève à 712 euros. En comparaison, celui d’un touriste allemand ne coûte que 487 euros en moyenne, un écart qui s’explique par un profil démographique des voyageurs allemands sensiblement plus jeune. Si la trajectoire actuelle se maintient, le déficit français pourrait dépasser les 155 millions d’euros à l’horizon 2030.

L’étude complète est disponible en ligne : https://hellosafe.com/fr/travel-insurance/ehic-costs-study