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PARIS : Société – Le braille célèbre son bicentenaire…

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PARIS : Société – Le braille célèbre son bicentenaire et confirme sa révolution numérique

Deux siècles après son invention, l’écriture tactile de Louis Braille s’impose plus que jamais comme un vecteur irremplaçable de savoir et d’inclusion.

Loin d’être obsolète à l’heure de l’intelligence artificielle et des synthèses vocales, le braille demeure le socle de l’autonomie pour des millions de personnes déficientes visuelles. C’est le message fort qui ressort des célébrations du bicentenaire de cette invention française, dont le point d’orgue s’est tenu récemment à la Bibliothèque nationale de France (BNF) lors du colloque « Révolution Braille ».

Placé sous le haut patronage de la présidence de la République, cet événement a permis de dresser un bilan sans appel : le système aux six points en relief est une « révolution toujours en marche ».

Une invention française à portée universelle.

Il y a deux cents ans, en 1825, Louis Braille, alors âgé de 16 ans et élève à l’Institut Royal des Jeunes Aveugles, mettait au point ce code ingénieux. Inspiré d’un système de Charles Barbier, le braille est devenu bien plus qu’un simple outil de lecture : c’est une véritable « langue de la pensée ».

Adopté aujourd’hui dans plus de 140 langues, il incarne un acte d’égalité et d’émancipation citoyenne.

Gilles Pécout, président de la BNF, et Santosh Kumar Rangta, président de l’Union Mondiale des Aveugles, ont rappelé lors de cette commémoration la portée internationale de ce code, qui continue d’ouvrir les portes de la culture et de l’éducation à travers le globe.

Un pilier cognitif irremplaçable.

Les experts sont formels : l’audio ne remplace pas l’écrit. Lors des échanges qui ont rythmé ce bicentenaire, le chercheur en neurosciences François Colignon a mis en lumière la puissance cognitive de la lecture tactile. Contrairement à l’écoute passive, le déchiffrage du braille active des mécanismes cérébraux complexes, essentiels à l’apprentissage de l’orthographe, de la grammaire et à la structuration de la pensée.

« L’apprentissage du braille est une étape essentielle dans tout parcours de formation et d’émancipation », a souligné le philosophe Michel Terestchenko.

Une position partagée par le corps enseignant, qui insiste sur la nécessité de maîtriser ce code pour accéder à une scolarité complète et inclusive.

L’excellence professionnelle par le numérique.

L’un des enseignements majeurs de ces célébrations réside dans la formidable synergie entre le braille et les nouvelles technologies. Loin de l’image poussiéreuse des gros volumes papier, le braille se lit désormais sur des afficheurs numériques éphémères, s’interface avec les ordinateurs et permet une navigation web précise. Cette modernité ouvre des carrières d’excellence. Le mathématicien Emmanuel Giroux, directeur de recherche au CNRS, le pianiste Étienne Rall ou encore le journaliste Hakim Kasmi ont témoigné de l’indispensable usage du braille dans leur vie professionnelle. Pour ces experts, le braille est l’outil de précision qui permet l’analyse fine, la composition musicale ou le codage informatique, là où la synthèse vocale montre ses limites.

Une mobilisation collective pour l’avenir.

Ce bicentenaire a également été l’occasion de resserrer les liens entre les acteurs historiques de la déficience visuelle. L’événement « Révolution Braille » a été porté par un collectif majeur regroupant l’association apiDV, l’Association Valentin Haüy, l’Institut National des Jeunes Aveugles (INJA-Louis Braille) et la Fédération des Aveugles de France.

Ensemble, ils portent un plaidoyer commun : garantir que cette invention tricentenaire continue de s’adapter aux nouveaux usages pour rester, demain encore, l’outil premier de la liberté.