PARIS : Société – La lutte contre la prostitution à l…
Partager :
PARIS : Société – La lutte contre la prostitution à l’épreuve des réalités administratives
Face aux remises en question du modèle abolitionniste, les associations restent le pilier vital de la lutte contre la traite humaine selon la Miprof.
Dix ans après l’adoption de la loi du 13 avril 2016 renforçant la lutte contre le système prostitutionnel, le consensus législatif français se trouve bousculé. Alors que le Rassemblement National a récemment formulé une proposition visant à rouvrir les maisons closes, considérant la prostitution comme un métier, le modèle abolitionniste qui pénalise les clients fait l’objet de nouvelles attaques. Ce contexte politique tendu intervient au moment précis où les acteurs de terrain alertent sur la fragilité de leur situation, coincés entre une demande sociale croissante et des contraintes administratives qui se durcissent.
Un constat alarmant sur la traite des êtres humains.
Dans ce climat d’incertitude, la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof) a rendu des conclusions préoccupantes. Selon son dernier rapport, la réalité du terrain demeure sombre : en 2024, ce sont 4 823 victimes d’exploitation ou de traite qui ont été accompagnées par 44 associations spécialisées en France. Au total, plus de 7 000 personnes ont été repérées.
Roxana Maracineanu, ancienne ministre des Sports et Secrétaire Générale de la Miprof, dresse un bilan sans concession sur les défaillances du système actuel. « La traite des êtres humains et l’exploitation prospèrent sur nos failles institutionnelles, juridiques ou administratives, compromettant la protection due aux victimes », a-t-elle souligné dans son édito (https://drive.google.com/file/d/1HqsmMjcP1tiqulljDxJYlcO9ZxJe24O8/view?usp=sharing). Elle rappelle que les réseaux criminels exploitent la vulnérabilité des personnes, notamment l’absence de titres de séjour ou de logement, pour maintenir leur emprise.
Le monde associatif en zone de turbulences.
Si l’État définit le cadre légal, ce sont les associations qui assurent le maillage de sécurité au quotidien. Pourtant, ce secteur traverse une crise profonde. Claire Thoury, présidente du Mouvement associatif, a récemment tiré la sonnette d’alarme : « Sans les associations, la société ne tiendrait pas ». Elle pointe une baisse des subventions et une complexification de l’accès aux financements publics, désormais régis par des logiques de marchés publics qui mettent les structures en concurrence.
Selon une étude relayée par Forbes France, près de 30 % des associations employeuses disposent de moins de trois mois de trésorerie, et un tiers envisageaient des réductions d’effectifs à l’horizon 2026. Cette précarité financière menace directement la paix sociale. L’absence de ces structures se traduirait mécaniquement par une augmentation des violences de rue, des trafics et une surcharge des services d’urgence et de police, engendrant pour l’État des coûts bien supérieurs aux subventions actuelles.
Solenciel : un modèle d’insertion éprouvé.
Pour comprendre la réalité de ce travail de l’ombre, l’exemple de l’association Solenciel (https://www.solenciel.fr/) est éclairant. Depuis avril 2017, cette structure a accompagné plus de 150 personnes dans un parcours de sortie de la prostitution vers des métiers de la propreté et de la restauration. Présente à Nanterre, Lyon, Toulouse, Nantes et Grenoble, elle déploie une méthode pragmatique en quatre étapes étalées sur deux ans : « Faire confiance », « Se reconstruire », « Construire son avenir » et « S’envoler ».
Ce parcours, salué par de nombreux prix, combine reconstruction mentale et insertion professionnelle, offrant une alternative concrète aux victimes souvent privées de papiers par les réseaux de proxénétisme.
Quand l’administration freine l’action de terrain.
Cependant, l’efficacité de ces dispositifs se heurte parfois à la rigidité administrative. C’est le cas notamment en Isère, où Solenciel fait face à des injonctions administratives qui entravent son action auprès des victimes. Alors que l’association cherche à offrir un accompagnement global, des « recadrages techniques » de l’administration locale viennent peser sur son activité.
Cette situation soulève une question fondamentale sur la relation entre l’État et ses partenaires associatifs : la priorité doit-elle être donnée à la sanction administrative ou à l’entraide sociale ? Pour les acteurs de terrain, ces blocages empêchent un suivi complet des victimes, pourtant essentiel pour les sortir durablement des réseaux d’exploitation. La nécessaire synergie entre les pouvoirs publics et le tissu associatif semble ici grippée, au détriment des plus vulnérables.
L’étude complète est disponible via ce lien : https://drive.google.com/file/d/1HqsmMjcP1tiqulljDxJYlcO9ZxJe24O8/view?usp=sharing