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PARIS : Société – La banalisation de la sexualité anale masculine se heurte encore au tabou sanitaire

Une enquête Ifop pour LELO révèle que si un homme sur deux a déjà expérimenté la pénétration anale, les stéréotypes virilistes freinent encore considérablement le dépistage du cancer colorectal.

C’est une véritable révolution intime qui s’opère dans les chambres à coucher, mais qui peine à franchir la porte des cabinets médicaux. Une étude d’ampleur, menée par l’Ifop pour la marque LELO et publiée fin 2025, met en lumière les profondes mutations du rapport des hommes à leur corps. Si la pratique se démocratise, elle reste marquée par un clivage culturel fort qui impacte directement la santé publique.

Un frein majeur au dépistage médical

Au-delà des mœurs, l’enjeu est sanitaire. L’enquête souligne un lien direct entre la stigmatisation de l’anus et le refus de soins. À peine un homme sur deux (51 %) se dit disposé à se faire dépister du cancer colorectal par un professionnel de santé. Ce chiffre chute à 32 % chez les hommes n’ayant jamais été pénétrés sexuellement.

François Kraus, directeur du pôle « Genre, sexualités et santé sexuelle » de l’Ifop, analyse ce phénomène : « La stigmatisation de la passivité anale masculine met en exergue un système de normes de genre qui peut avoir des répercussions concrètes sur la santé des hommes. Car en associant la pénétration anale à une perte de virilité, ces représentations dissuadent aujourd’hui des milliers d’hommes de réaliser des examens médicaux potentiellement salvateurs ».

Une pratique qui se normalise chez les hommes

Pour la première fois, une majorité d’hommes (52 %) admettent avoir déjà été pénétrés analement au cours de leur vie. L’étude brise le cliché selon lequel cette pratique serait réservée aux homosexuels : 47 % des hommes hétérosexuels sont concernés.

Cette évolution s’accompagne d’une diversification des pratiques (digitales, sextoys, anulingus). LELO (https://www.lelo.com/fr/soraya-beads), marque suédoise spécialisée dans les produits de bien-être intime et les sextoys de luxe, note une appropriation croissante de ces accessoires par une clientèle masculine hétérosexuelle.

La persistance des stéréotypes virilistes

Malgré cette ouverture, les résistances demeurent tenaces. Près de quatre hommes sur dix (37 %) estiment encore qu’« être pénétré analement quand on est un homme est une atteinte à sa masculinité ». Ce chiffre grimpe à 50 % chez les pratiquants religieux et 45 % chez les sympathisants d’extrême droite, dessinant une fracture idéologique nette.

Camille Guerfi, sexologue et ambassadrice LELO, précise : « Ce que cette étude met en lumière, c’est à quel point le rapport à l’anus reste chargé d’une honte silencieuse, surtout chez les hommes. Derrière le refus d’un toucher médical, il y a souvent la peur de perdre une forme de contrôle ».

Les femmes et la « zone grise » du consentement

Si les hommes explorent cette sexualité de manière souvent hédoniste et volontaire (74 % de désir lors de la première fois), le constat est plus sombre pour les femmes. L’étude révèle une inquiétante « zone grise » du consentement : 55 % des femmes déclarent que leur première sodomie ne correspondait pas à un désir personnel.

Souvent vécue comme un « devoir anal » ou une pression du partenaire, la pratique de la sodomie chez les femmes semble d’ailleurs marquer le pas, se stabilisant autour de 49 % d’expérimentation au cours de la vie. Parallèlement, une tendance inverse émerge : 30 % des femmes affirment avoir déjà pénétré analement un partenaire, inversant ainsi les rôles traditionnels.

Les résultats complets et l’infographie de l’étude sont disponibles ici :

*   Observatoire LELO (https://www.datapressepremium.com/rmdiff/2010052/121814-Observatoire-LELO-Sexe-anal.2025.11.0312.pdf)

*   Infographie Ifop (https://www.datapressepremium.com/rmdiff/2010052/Infographie-Ifop-anal-2025.11.0312.pdf