PARIS : Sarah ZITOUNI : « La paix est une histoire de femme…
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PARIS : Sarah ZITOUNI : « La paix est une histoire de femmes : arrêtons de faire semblant de l’ignorer »
Dans une tribune, l’experte Sarah Zitouni démontre par les chiffres que l’inclusion des femmes dans les processus de paix est un impératif stratégique.
Face aux discours martiaux et aux modèles de gouvernance traditionnels, une approche différente de la résolution des conflits s’affirme comme une nécessité stratégique. Dans une analyse percutante, Sarah Zitouni, experte des mécanismes de pouvoir et de leadership, déconstruit le paradigme guerrier actuel pour mettre en lumière une réalité documentée : les femmes produisent des paix statistiquement plus durables. Selon elle, ignorer ce fait n’est plus une option politique mais une faute stratégique majeure.
« La guerre n’est pas une fatalité. C’est le produit d’un modèle de gouvernance millénaire : des cercles fermés, des ego surexposés, une culture institutionnelle qui confond domination et légitimité », affirme Sarah Zitouni. Elle soutient que ce modèle, conçu par et pour des hommes, reproduit systématiquement les mêmes erreurs à grande échelle, alors que des solutions plus efficaces existent.
Une paix 35 % plus durable
L’argumentaire de l’experte s’appuie sur des données tangibles. Elle cite une statistique clé, documentée par l’organisation Inclusive Security et l’ONU Femmes : « Les accords de paix incluant des femmes négociatrices ont 35 % de chances supplémentaires de tenir au moins 15 ans ». Pour Sarah Zitouni, ce chiffre n’est pas le fruit du hasard mais la conséquence directe d’un changement de méthode.
Là où les négociations classiques se concentrent principalement sur le partage du pouvoir militaire, les femmes ont tendance à élargir le champ des discussions pour y inclure des piliers essentiels à la résilience sociale : la santé, l’éducation, la justice locale ou encore la réintégration civile des combattants. En intégrant ces dimensions, elles ne se contentent pas de signer un cessez-le-feu précaire, mais jettent les bases d’une stabilité réelle et pérenne, indispensable à la survie des nations. Cette approche pragmatique fait la différence entre un accord viable et une trêve qui ne fait que préparer la prochaine guerre.
Merkel, Tsai, Sirleaf : la preuve par l’exemple
Plusieurs figures historiques illustrent cette capacité à gérer les crises sans recourir à l’escalade. Sarah Zitouni cite Angela Merkel, qui a résisté douze ans aux pressions russes en fondant sa dissuasion sur la cohérence plutôt que sur la menace. Elle évoque également Tsai Ing-wen, qui a su gérer l’encerclement militaire chinois de Taïwan sans jamais tomber dans le piège de la confrontation, renforçant au contraire la position diplomatique de son pays.
L’exemple le plus emblématique reste celui d’Ellen Johnson Sirleaf, première femme élue présidente en Afrique. Après quatorze années d’une guerre civile dévastatrice au Liberia, elle a réussi là où tous les « seigneurs de la guerre » avaient échoué, parvenant à stabiliser le pays, relancer l’économie et réduire drastiquement les violences internes. Son succès, souligne l’experte, fut aussi collectif, porté par le mouvement Women of Liberia Mass Action for Peace. Ces femmes ont contraint les chefs de factions à négocier, prouvant que la paix est une exigence pragmatique. « Ce que ces femmes partagent, ce n’est pas une douceur naturelle. C’est la capacité à produire des transformations majeures sans empiler les traumatismes qui en compromettent la durabilité », analyse Sarah Zitouni.
La faillite du modèle de gouvernance actuel
L’experte dénonce le faux dilemme opposant faiblesse et brutalité. « La fermeté n’a aucun besoin de brutalité pour créer les conditions du respect. La brutalité, elle, est l’aveu d’une faillite diplomatique », insiste-t-elle. Les échecs récents de la dissuasion classique, que ce soit en Ukraine ou au Moyen-Orient, témoignent selon elle des limites d’un système fondé sur des cercles de décision très peu diversifiés et imperméables aux signaux d’alerte.
Ce constat se vérifie également dans le monde de l’entreprise. Un rapport du FMI indique que les équipes dirigeantes mixtes sont structurellement moins exposées au biais de surconfiance, ce penchant cognitif qui pousse un dirigeant à sous-estimer les risques et les coûts d’une offensive.
Un arbitrage au plus fort rendement stratégique
Adopter un leadership coopératif et une diplomatie inclusive n’est pas une posture idéaliste, mais un calcul stratégique. Citant le Stockholm International Peace Research Institute, Sarah Zitouni rappelle qu’un euro investi dans la prévention des conflits permet d’économiser en moyenne dix euros en gestion de crise.
« Le monde n’a pas besoin de plus de généraux, ni de chefs d’États au discours martiaux. Il a besoin de diplomates et de stratèges qui comprennent que la sécurité réelle ne se mesure pas au nombre de têtes nucléaires, mais à la solidité des alliances et la coopération entre les peuples », conclut-elle. Pour elle, la paix n’est pas l’absence de conflit, mais une manière supérieure de les régler. Ignorer le rôle fondamental des femmes dans ce processus est une faute qui mène le monde vers une escalade périlleuse.