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PARIS : Sandrine DORBES : « L’entreprise ne peut plus traiter l’aidance comme un sujet privé »

Une enquête révèle que 6 salariés aidants sur 10 taisent leur situation au travail, alors que 81 % attendent un accord d’entreprise.

Le phénomène des salariés aidants, longtemps resté dans l’ombre de la sphère privée, s’impose désormais comme une réalité sociale et économique incontournable pour les entreprises. Selon une nouvelle enquête nationale dévoilée ce lundi 16 février 2026 par l’agence HOW MUCH (http://www.how-much.fr), le décalage est saisissant entre le quotidien de millions de salariés et le silence qui prévaut dans le monde professionnel. L’étude, menée du 29 janvier au 6 février 2026 auprès de 3 204 personnes, met en lumière une attente massive de solutions concrètes face à une situation encore largement taboue.

« Les estimations parlent d’environ 5 millions de salariés aidants en France. Dans ce contexte, l’entreprise ne peut plus traiter l’aidance comme un sujet privé : c’est un enjeu d’organisation du travail, de prévention et de performance durable », analyse Sandrine Dorbes, experte en stratégie de rémunération et créatrice de HOW MUCH. Elle souligne que « notre enquête montre une majorité de salariés aidants encore silencieux, mais une attente massive de solutions simples et activables vite ».

Un Français sur cinq concerné par l’aidance.

Les chiffres de l’enquête confirment l’ampleur du phénomène : 22 % des Français déclarent avoir aidé régulièrement un proche au cours des douze derniers mois pour des raisons de dépendance, maladie, handicap ou perte d’autonomie. Parmi eux, 18 % sont actuellement en situation d’aidance. Cette aide est loin d’être anecdotique en termes de temps. Près de deux aidants sur trois y consacrent au moins six heures par semaine, et plus d’un sur cinq (21 %) y dédie même plus de 20 heures hebdomadaires.

L’étude révèle également une complexité croissante des situations. Plus d’un tiers des aidants (35 %) accompagnent plusieurs proches simultanément. Par ailleurs, 36 % des personnes aidant un parent âgé cumulent cette charge avec la responsabilité d’un ou plusieurs enfants, illustrant le concept de « génération sandwich », prise en étau entre différentes obligations familiales.

Un silence pesant dans le monde du travail.

Malgré un impact significatif sur leur quotidien professionnel, la grande majorité des salariés aidants choisissent de ne pas en parler. Seuls 37 % ont informé leur employeur de leur situation, tandis que 61 % n’en ont parlé à personne au sein de leur entreprise. Cette culture du silence s’explique par une multitude de freins. La volonté de séparer vie professionnelle et vie personnelle arrive en tête des raisons invoquées (34 %), suivie par le manque d’information sur les dispositifs existants (28 %) et la peur des conséquences sur leur carrière (25 %). La crainte d’être jugé (23 %), perçu comme moins fiable (19 %) ou de subir une forme de stigmatisation (18 %) contribue également à cette autocensure.

Pourtant, les répercussions sur le travail sont bien réelles. Plus de la moitié des salariés aidants (57 %) constatent une baisse de leur disponibilité ou de leur productivité. Près d’un tiers (33 %) ont dû augmenter leur recours au télétravail, et 29 % font état de retards ou d’absences imprévues. Pour 22 %, la situation a même conduit à une réduction du temps de travail.

Une attente massive de solutions flexibles et formalisées.

Face à cette réalité, les attentes envers l’entreprise sont extrêmement fortes. Une écrasante majorité de 81 % des salariés aidants estiment que leur entreprise devrait mettre en place un « accord aidants » pour encadrer et soutenir leur situation. Le besoin de souplesse est la priorité numéro un : 55 % plébiscitent la mise en place d’horaires flexibles et un accès facilité au télétravail. Viennent ensuite les dispositifs de congés spécifiques ou de don de jours (45 %) et la possibilité de passer temporairement à temps partiel sans pénalité (32 %).

L’enquête met en évidence un déficit de communication sur les mesures déjà existantes. Si 45 % des salariés aidants savent que leur entreprise propose des aménagements d’horaires ou de télétravail, 22 % déclarent n’en connaître aucune et 18 % ne savent pas si de telles mesures existent. Un accompagnement par un référent RH et un soutien psychologique restent encore minoritaires, proposés respectivement dans 14 % et 12 % des cas. Ces résultats soulignent l’urgence pour les entreprises de structurer une politique claire et visible pour transformer une contrainte silencieuse en un dialogue constructif, essentiel à la fois pour le bien-être des salariés et la performance durable de l’organisation.