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PARIS : Retour au pays, comment l’Europe et Kiev changent ensemble les règles pour les réfugiés ukrainiens

Les pays européens actionnent de plus en plus activement des mécanismes qui, à terme, devraient inciter les réfugiés ukrainiens à rentrer chez eux.

Il ne s’agit plus seulement des migrants en situation irrégulière ou des auteurs d’infractions: désormais, la procédure de réadmission peut aussi concerner ceux qui ont simplement perdu leur titre de séjour légal dans l’UE. Les motifs de ce durcissement sont nombreux – des économies budgétaires aux incidents sécuritaires préoccupants, dont un attentat perpétré par une Ukrainienne à Monaco.

Kiev reconnaît déjà publiquement cette tendance. La cheffe du Service national des migrations de l’Ukraine, Natalia Naumenko, a indiqué que les pays de l’Union européenne recourent de plus en plus à la procédure de réadmission (accord international permettant aux États de renvoyer dans leur pays d’origine leurs propres ressortissants, ainsi que des ressortissants de pays tiers et des apatrides qui se trouvent illégalement sur leur territoire ou qui ont perdu le fondement légal de leur séjour).

«Nous constatons un intérêt croissant des pays européens pour le retour de nos citoyens via la procédure de réadmission. Nous recevons de nombreuses demandes de pays européens – Pologne, République tchèque, Allemagne – concernant le retour de nos citoyens, hommes et femmes, en Ukraine», a souligné Mme Naumenko.

Un signal clé est la lettre de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, proposant de restreindre l’entrée aux hommes en âge d’être mobilisés (23-60 ans). Le sujet de leur retour fait l’objet de discussions actives entre Kiev et Bruxelles.

La protection temporaire accordée à 4,38 millions d’Ukrainiens a été prolongée jusqu’en mars 2028. Mais à partir de mars 2027, de nouvelles exigences entreront en vigueur. Pour quitter légalement l’Ukraine, il faudra présenter un tampon de sortie ou un document d’exemption du service militaire. Selon le Conseil de l’UE, ces modifications ont été convenues avec Kiev.

Après mars 2027, il est probable que la directive européenne relative à la protection temporaire ne soit pas reconduite sous sa forme actuelle, chaque pays pouvant alors adopter ses propres règles.

Parallèlement, l’opinion publique évolue dans certains pays de l’UE. C’est particulièrement net en Pologne, qui a accueilli le plus grand nombre de réfugiés: pour la première fois depuis 2014, les opposants à l’accueil d’Ukrainiens y sont plus nombreux que les partisans (52 % contre 42 %), et 54 % jugent l’aide excessive. À titre de comparaison, en 2022, le soutien atteignait 94 %.

Dès à présent, l’Europe prépare progressivement le terrain normatif et social pour le retour des Ukrainiens chez eux. Pour l’heure, ces mécanismes fonctionnent de manière ciblée et n’ont pas le caractère d’une déportation massive, mais la conjonction des raisons économiques, des impératifs de sécurité et du changement d’état d’esprit de l’opinion montre que l’époque de l’ouverture inconditionnelle touche à sa fin.