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PARIS : Réinsertion professionnelle – Le modèle associatif, une piste contre le « mal-emploi » des femmes

Face au « mal-emploi » qui touche près de cinq millions de femmes, des associations comme SOLENCIEL proposent un accompagnement personnalisé.

Le retour à l’emploi reste un parcours semé d’embûches pour des millions de personnes en France, et plus particulièrement pour les femmes. Selon l’Observatoire des Inégalités, le « mal-emploi », qui englobe le chômage, la précarité et l’inactivité subie, concernerait huit millions de personnes, soit 26 % des actifs potentiels. Parmi elles, près de cinq millions de femmes se retrouvent dans une situation d’exclusion de fait, souvent aggravée par des facteurs sociaux tels qu’une faible qualification ou la charge d’une famille monoparentale.

Face à cette réalité complexe et multifactorielle, les dispositifs publics, comme les 33 aides à l’embauche proposées par France Travail, peinent à apporter des réponses suffisamment individualisées. La personnalisation de l’accompagnement apparaît dès lors comme un facteur clé de réussite, un domaine où le secteur associatif a développé une expertise précieuse.

Un suivi standardisé aux résultats insuffisants

Pour comprendre les limites des approches conventionnelles, le témoignage d’une ancienne professionnelle de l’accompagnement est éclairant. Elle rappelle la complexité d’un processus qui va bien au-delà de la simple mise en relation d’un CV et d’une offre d’emploi.

« Dans les années 2010, même si de nos jours les méthodes ont évolué, lorsque qu’une femme était en situation de postuler un poste, nous recherchions en premier ce qui pourrait constituer des freins à la recherche d’emploi. Lors d’un premier entretien, il y a ce qui est « visible au premier regard », (l’expression, la tenue vestimentaire, l’énergie…), ce qui énumère les aptitudes (le cv ou le profil) et ce qui est dit ou plutôt, ce qui ne l’est pas. Paradoxalement, ces « non-dits » sont parfois volubiles ou terriblement silencieux. Ce qui les caractérise, c’est qu’il faut être à l’écoute et à leur portée et nous n’avons pas forcément le temps nécessaire à leur consacrer. Ces candidates suivent alors un parcours avec un lien de suivi pour mieux comprendre ces freins et les orienter vers les structures adaptées, sociales, municipales ou associatives. C’est un parcours ardu, mais au bout duquel il y a toujours cette fierté d’avoir trouvé un premier emploi. Elles sont actrices de leur parcours même confrontées à la pénibilité parfois, aux bas salaires souvent ou aux temps partiels par dépits. Lorsqu’elles accèdent à un emploi, elles sont aussi confrontées aux équipes notamment pour les « contrats aidés », non salariées, avec une discrimination possible par leurs collègues sur la défensive, possiblement agressifs : il faut aussi y répondre. L’embauche n’est jamais définitive, il y a un temps d’adaptation et parfois un échec. Dans ce cas, il faut tout recommencer à zéro et nous les retrouvions au point de départ. Aujourd’hui les contrats aidés ont diminué pour des raisons de budget. Ils ne sont pas forcément occupés à temps plein. Il y a les problèmes périphériques comme les gardes d’enfants par exemple. Beaucoup reste à faire », explique Odile Vernay, chargée d’insertion professionnelle.

Le modèle associatif, une alternative pragmatique

Loin d’être une simple œuvre de charité, l’expérience de certaines associations offre un véritable laboratoire d’innovations sociales. L’association SOLENCIEL, qui œuvre pour la réinsertion professionnelle des personnes en situation de prostitution, en est un exemple remarquable. Son approche se concentre sur un objectif fondamental : la reconstruction de la personne.

« Les métiers proposés par l’association visent un but unique : reconstruire la confiance en soi et restaurer le lien social, après la prostitution. Ils permettent l’acquisition de compétences diverses (responsabilisation, sens de l’organisation, travail en équipe, estime de soi, savoir-faire et savoir-être professionnels) transférables à d’autres métiers et indispensables à une insertion durable », précise l’association dans son rapport annuel 2025.

Pour y parvenir, SOLENCIEL a mis en place un parcours d’insertion de deux ans, encadré par des conseillers spécialisés. Les opportunités professionnelles, initialement centrées sur la propreté et l’hôtellerie, se sont diversifiées vers les métiers de la restauration, augmentant ainsi les passerelles vers un emploi durable.

Restaurer la dignité par un parcours sur-mesure

Cette démarche est reconnue par l’ensemble de ses partenaires, des pouvoirs publics aux entreprises engagées. Elle repose sur des convictions fortes, où l’humain prime sur le dispositif. L’enjeu n’est pas seulement de trouver un emploi, mais de rebâtir un projet de vie.

« Chez Solenciel, nous refusons de voir une fatalité là où il n’y a que de la violence et de la précarité… la prostitution n’est plus un sujet de débat mais une rencontre humaine qui nous impose le défi de restaurer une dignité et de rebâtir, par le travail, l’accueil et l’écoute, un chemin vers la liberté… Notre mission reste d’aider les personnes bénéficiaires à retrouver une dignité trop longtemps enfouie sous la violence », souligne une dirigeante de SOLENCIEL.

Ce pragmatisme et cette approche centrée sur la personne pourraient inspirer plus largement les politiques publiques d’aide au retour à l’emploi, pour transformer un pacte social parfois défaillant en une véritable promesse de reconnaissance et de dignité.

Les données de l’Observatoire des Inégalités sont consultables sur leur site (https://www.inegalites.fr/Mal-emploi) et les informations sur les aides de France Travail sur leur portail professionnel (https://pro.francetravail.fr/aides-embauche/touteslesaides).