PARIS : Réindustrialisation – Les territoires détienn…
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PARIS : Réindustrialisation – Les territoires détiennent les clés du succès, selon une étude
Une étude de La Fabrique de l’industrie révèle que le succès de la réindustrialisation repose sur des dynamiques purement locales.
La réindustrialisation de la France ne se décrètera pas depuis Paris. Telle est la conclusion d’une vaste étude publiée ce jour par le think tank La Fabrique de l’industrie.
Intitulé « Ces territoires qui cherchent à se réindustrialiser », ce travail mené par Caroline Granier et Pierre Ellie compile six années d’enquêtes de terrain (2019-2025) et des centaines de témoignages d’élus, industriels et chercheurs. Le constat est sans appel : il n’existe pas de recette miracle exportable, chaque territoire doit inventer sa propre voie en dosant savamment des ingrédients locaux.
Une alchimie humaine avant tout
Loin des grands plans nationaux, la réussite industrielle naît d’une volonté collective et d’une vision partagée sur le terrain. L’étude montre que la mobilisation des acteurs est le premier facteur de succès. Un industriel des Chantiers de l’Atlantique témoigne qu’à Saint-Nazaire, lorsqu’une question sur l’industrie du futur est posée, « tout le monde saute sur son vélo pour venir à la réunion ».
Une dynamique qui contraste avec d’autres régions où les dispositifs restent lettre morte.
Pour Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen, l’écueil est souvent le même : en France, on a tendance à se focaliser sur la gouvernance avant de s’entendre sur « une vision stratégique partagée ».
Les formes que prend cette mobilisation varient.
À Figeac, la dynamique s’est construite sur des décennies autour de Ratier-Figeac, dont le directeur a encouragé des salariés à créer leurs propres entreprises sous-traitantes, tissant ainsi un écosystème robuste.
À Dieppe, c’est un club informel d’entreprises qui, par des rencontres régulières, a forgé des liens de confiance essentiels à la prise de décision collective.
Dans la Marne, la crise du Covid a servi de catalyseur pour créer le réseau Marne Industrie, qui rassemble aujourd’hui 110 adhérents.
Des coopérations élargies et décisives
Si le binôme élu-industriel est souvent perçu comme le moteur du programme Territoires d’industrie, l’étude souligne que les coopérations les plus efficaces dépassent largement ce duo.
À Grand-Orly Seine Bièvre, bien avant le programme, TPE, PME, grands groupes, aménageurs et investisseurs avaient déjà publié un « Manifeste pour un territoire industriel et productif » avec des actions concrètes.
De même, la création du Campus Industrie circulaire de la mobilité dans l’ouest parisien est le fruit d’un partenariat complexe entre Renault, l’université, les académies, la région et des pôles de compétitivité. Cette capacité à travailler ensemble est un critère de sélection pour les investisseurs.
Frédéric Granotier, fondateur de Lucibel, le confirme sans ambages après avoir cherché un site pour relocaliser sa production de lampes LED : « Lorsque nous avons effectué notre tour de France, nous avons écarté des territoires dans lesquels le maire, le président du conseil général et le président du conseil régional étaient en permanence en désaccord ».
Compétences et foncier, des actifs à piloter localement
Les ingrédients du succès sont connus : compétences, foncier, réseaux, financement. Mais leur gestion est un art local. La compétence, par exemple, ne se résume pas à la disponibilité de main-d’œuvre. C’est la capacité d’un territoire à faire évoluer ses savoir-faire. L’étude cite les exemples de Chalon-sur-Saône, où la métallurgie a su pivoter vers le nucléaire, de Saint-Étienne, où Thuasne est passé du textile aux dispositifs médicaux, ou de Nogent-sur-Marne, où les couteliers sont devenus fabricants de prothèses chirurgicales. Cependant, des freins administratifs persistent, comme à Terres de Montaigu, où un projet de bac pro se heurte à l’impossibilité légale pour les alternants de travailler dans plus de deux entreprises. Le foncier, quant à lui, est une ressource rare qui doit être gérée collectivement via la réhabilitation de friches et une coordination efficace, dont l’absence a fait échouer de nombreux projets d’implantation.
Le financement, l’angle mort des territoires
L’étude identifie un point faible majeur et partagé par de nombreux territoires : l’accès au financement. La concentration du secteur bancaire et la fermeture des agences locales ont rompu les liens historiques entre banques et industries. Les industriels font face à des établissements de plus en plus réticents à financer des projets de production.
Le témoignage de Didier Klein, maire de Taillecourt et vice-président du Pays de Montbéliard, est éloquent : « J’ai vu récemment une banque demander à une collectivité si elle pouvait mettre en place un complément de prêt pour que la banque ne perde pas trop d’argent en finançant la construction d’un bâtiment ».
La situation est encore plus critique pour les start-up industrielles, qui dépendent massivement du soutien de Bpifrance.
« Sans Bpifrance, les banquiers n’auraient sans doute pas pris le risque de financer une start-up industrielle, malgré les retours très positifs du marché », admet Maxime Grojean, directeur général de Gaming Engineering.
Fondé en 2011 et présidé par Louis Gallois et Pierre-André de Chalendar, La Fabrique de l’industrie se positionne comme le premier think tank français dédié aux enjeux industriels.
L’étude complète est disponible sur son site internet (https://www.la-fabrique.fr/fr/publication/territoires-reindustrialiser/).


