PARIS : Regards croisés sur l’impact de l’IA générative
Depuis l’arrivée de ChatGPT, fin 2022, les IA génératives s’invitent partout.
Elles servent à trouver des idées, synthétiser des textes, composer des menus, occuper les enfants… Et cela finit par avoir un impact environnemental colossal, s’inquiètent les experts Cédric Villani et Julia Meyer.
Les IA sont souvent présentées comme des opportunités pour la transition écologique. Qu’en pensez-vous ?
Julia Meyer En optimisant les consommations d’énergie ou d’eau, certaines intelligences artificielles peuvent aider les industries ou les villes à mieux gérer leurs ressources. Mais ce ne sont pas les IA les plus nombreuses. Si on regarde l’ensemble, le développement des IA s’annonce inconciliable avec les objectifs climatiques. Il est encore difficile de mettre des chiffres sur le niveau d’incompatibilité. Nous avons les méthodes, mais nous manquons de données. Les principaux acteurs du numérique ne sont pas transparents sur la consommation d’énergie et de ressources de leurs services, ainsi que sur la localisation de leurs équipements.
Et, même si nous avions accès à ces informations, l’estimation de l’empreinte environnementale des IA serait sous-évaluée, car on ne sait pas modéliser leurs effets indirects ou effets rebonds.Cédric Villani Absolument ! Cela fait des années que la consommation d’énergie du numérique décolle, à en devenir une obsession du secteur. Et les impacts indirects sont encore plus préoccupants. L’IA déstabilise le débat public sur l’écologie et amplifie des activités à forte empreinte écologique. La marque d’ultrafast fashion Shein en est le pire exemple : grâce à l’IA, elle produit plus, plus vite, vend plus et partout, faisant exploser son empreinte. Et pour l’IA générative, sans décision politique ce sera pareil. Elle attire déjà tant de milliards… Alors que la société devrait massivement investir dans la transition écologique, elle préfère investir dans l’IA.
Pensez-vous qu’il soit néanmoins possible d’en faire des alliées de la transition écologique ?
C. V. C’est déjà le cas quand elles sont entre les mains d’organismes qui, comme le GIEC, l’ADEME ou des centaines d’ONG, œuvrent à l’écologie. Mais l’IA sert pareillement les adversaires de la transition, qui sont bien plus puissants aujourd’hui, visant juste le toujours-plus-de-pétrole, de béton, junk food, grosses voitures… L’arbitrage est politique.J. M. Il faut raisonner en termes de gains nets. Très peu d’outils numériques ont plus de bénéfices que d’impacts sur l’environnement. Les IA à vocation scientifique, qui font de la prévision de risques ou suivent l’artificialisation des sols, par exemple, sont minoritaires. La plupart des autres génèrent de nouveaux usages, donc de nouveaux impacts, qui viennent s’empiler sur tous ceux qu’on essaie déjà de réduire. Le renoncement des géants du numérique à leurs engagements climatiques est d’ailleurs révélateur.
Une IA écoresponsable, voire frugale, est-elle possible ?
J. M. Oui, à condition de redéfinir le besoin. La France est motrice en matière de numérique responsable et de législation sur ce sujet. La loi de réduction de l’empreinte environnementale du numérique (REEN) de 2021 a ainsi conduit à l’élaboration du référentiel général d’écoconception des services numériques (RGESN). Il y a aussi le référentiel sur l’IA frugale, porté par l’Afnor et le ministère de la Transition écologique.C. V. Au niveau européen, l’AI Act de 2024 réclame plus d’éthique et de transparence des IA. En facilitant leur mesure d’impact, elle encouragera les Européens à s’améliorer. À terme, ce sera un atout !
Le public ne semble pas avoir conscience de l’impact environnemental de l’IA. Comment le sensibiliser ?
C. V. Il faut le crier sur les toits : le numérique en général, l’IA en particulier, ce n’est pas dématérialisé. C’est matériel, concret !J. M. C’est d’ailleurs l’un des axes de la campagne de sensibilisation Alt-Impact, que l’ADEME vient de lancer.
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