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PARIS : Reconversion politique – Claude BARTOLONE rémunéré plus d’un million d’euros par un promoteur

Une enquête de Mediapart révèle que Claude Bartolone a touché plus d’un million d’euros du promoteur Emerige pour ses conseils en Seine-Saint-Denis.

L’ancien président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, s’est reconverti avec un succès financier certain dans le conseil. Selon des informations publiées par Mediapart, sa société de lobbying, Nouvel Horizon, a perçu plus d’un million d’euros d’honoraires de la part du promoteur immobilier Emerige entre 2022 et 2024. Ces prestations de conseil concernent des projets de développement en Seine-Saint-Denis, un département que l’ancien élu socialiste a longtemps dirigé et où il conserve une influence notable.

À 74 ans, celui qui a présidé le Palais-Bourbon sous le quinquennat de François Hollande (2012-2017) a mis son carnet d’adresses au service du secteur privé, illustrant les liens étroits qui peuvent unir anciens responsables politiques et grands groupes économiques.

Un réseau d’influence en Seine-Saint-Denis

Au cœur des missions de conseil de Claude Bartolone pour Emerige se trouve notamment le projet d’aménagement d’un écoquartier dans la zone d’aménagement concerté (ZAC) des Docks de Saint-Ouen. Cette commune est dirigée par le maire socialiste Karim Bouamrane, considéré comme un proche de Claude Bartolone.

Les liens entre le promoteur et l’entourage politique de l’ancien président du département semblent particulièrement étroits. Le 3 octobre 2024, Laurent Dumas, président fondateur du groupe Emerige (433 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024), a assisté au meeting de lancement du microparti de Karim Bouamrane, « La France humaine et forte ». Une présence qui souligne la proximité entre l’opérateur immobilier et les sphères politiques locales.

Des honoraires conséquents et des questions en suspens

La rémunération de la société Nouvel Horizon se décompose, selon Mediapart, en une part fixe de 12 000 euros par mois, complétée par un versement exceptionnel de 780 000 euros au début de l’année 2024 pour son « accompagnement en Seine-Saint-Denis ».

Cette période coïncide avec le déblocage d’un dossier administratif crucial pour Emerige à Saint-Ouen. Le projet de construction d’un immeuble sur un ancien dépôt de carburants Total était suspendu à une autorisation de la Direction régionale et interdépartementale de l’environnement, de l’aménagement et des transports (Drieat) concernant la dépollution des sols. Après des mois d’attente, le feu vert a été donné le 26 décembre 2023, trois jours seulement avant l’expiration de la promesse de vente.

Interrogé par Mediapart, Claude Bartolone a nié toute intervention. « Je ne suis pas intervenu auprès de la Drieat », a-t-il affirmé, précisant ne pas être intervenu non plus « en amont du projet, ni dans sa définition, ni dans son instruction administrative ». Il a justifié son rôle par « un cadre contractuel classique de conseil stratégique et institutionnel », sans détailler la nature de ses actions. Le maire Karim Bouamrane a également déclaré ne pas avoir été « en contact » avec son mentor sur les dossiers d’Emerige.

Un vide juridique et un écosystème politico-économique

Cette affaire met en lumière une faille dans le contrôle des reconversions des responsables politiques. Contrairement aux anciens ministres, soumis à l’avis de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), les anciens présidents de l’Assemblée nationale ne sont soumis à aucune vérification prévenant les risques de conflits d’intérêts.

L’écosystème autour du promoteur Emerige renforce les interrogations. Le groupe a été présidé de 2022 à 2024 par l’ancien ministre du Logement Benoist Apparu. En décembre 2025, il a nommé à la tête de sa filiale Emerige Territoires Jean-Luc Porcedo, qui n’est autre que l’ancien directeur de cabinet de Claude Bartolone à l’Assemblée nationale et au conseil général de Seine-Saint-Denis.

De son côté, le groupe immobilier s’est limité à des réponses générales, rappelant être « un acteur économique de la ville de Saint-Ouen depuis presque vingt ans » et que ses « activités n’ont jamais été affectées par les changements successifs d’équipes municipales ».