Passer au contenu principal

PARIS : Réarmement démographique, une lettre aux Françaises…

Partager :

PARIS : Réarmement démographique, une lettre aux Françaises et Français de 29 ans

Marie Depaquy, Adjointe au Maire de Reims (51) déléguée aux Solidarités, à la Santé et à la Prévention et sage-femme.

Le gouvernement envisage d’adresser un courrier à l’ensemble des Français âgés de 29 ans pour les sensibiliser aux enjeux de la fertilité et de la natalité. La baisse de la natalité est un défi réel, qui appelle des réponses sérieuses.

Mais en tant que sage-femme et élue en charge des solidarités et de la santé, je reste perplexe devant cette mesure, et franchement dubitative quant à son efficacité réelle.

Posons-nous d’abord les bonnes questions. Si la natalité recule, ce n’est pas faute d’information, c’est parce que des millions de femmes font des choix réfléchis, dans des vies concrètes, traversées de contraintes économiques, des pressions professionnelles, des arbitrages intimes que nul courrier ministériel ne saurait résoudre. Vouloir un enfant, c’est aussi se sentir capable de l’élever sereinement. Ignorer ces réalités pour leur substituer une campagne de sensibilisation, c’est confondre le symptôme et la cause.

Une lettre à 29 ans, mais pourquoi pas à 18 ans ou à 37 ans ? Le gouvernement prend comme base l’autoconservation des ovocytes qui est ouverte à partir de cet âge, mais elle ne peut pas constituer l’horizon d’une politique de santé familiale. Ce sujet doit être pris bien en amont avec une éducation à la santé sexuelle et reproductive continue, portée par des professionnels formés pour cela. Les sages-femmes ont précisément ce rôle, et leur place dans l’accompagnement à la parentalité reste aujourd’hui largement sous-exploitée. Nous devrions également créer des « écoles de parents » pour mieux les aider. Commençons déjà par là en accompagnement à la parentalité.

Enfin, l’idée qu’un simple courrier puisse renverser une tendance démographique profonde a quelque chose de désarmant. Donner envie d’avoir des enfants ne se décrète pas par voie postale. Cela suppose que les femmes et les hommes se sentent réellement soutenus, que la conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle ne soit pas une injonction creuse, que les pères prennent enfin leur rôle, que les collectivités locales, villes comme départements, disposent des moyens d’agir concrètement auprès des familles. Cette vision d’ensemble exige d’écouter, de se renseigner avant d’informer, d’associer les femmes et les hommes à la construction d’un plan « natalité » qui parte de leurs besoins réels, et non d’une bonne conscience ministérielle.

Les femmes et les hommes n’ont pas besoin d’un courrier, mais d’être écoutés et accompagnés par des professionnels de santé et par les pouvoirs publics.

SOURCE : UDI – Les infos de la semaine.