PARIS : Rapport de la Cour des comptes, la mutation numériq…
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PARIS : Rapport de la Cour des comptes, la mutation numérique des gendarmes
Alors que le maillage territorial évolue, la Cour des comptes presse la Gendarmerie d’accélérer sa transformation digitale pour maintenir le lien avec la population.
C’est une révolution silencieuse qui s’opère dans nos casernes et sur le terrain. Face à la réduction du nombre de brigades physiques et à l’évolution des bassins de vie, la « vieille dame » s’adapte. Dans son dernier rapport, la quatrième chambre de la Cour des comptes, présidée par Damien Cazé, dresse un bilan sans concession mais porteur d’espoir sur la numérisation des forces de l’ordre. L’enjeu est de taille : compenser la fermeture des guichets physiques par une accessibilité 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, sans perdre l’âme du gendarme, ce soldat de la proximité.
Des patrouilles connectées pour sortir des murs.
Fini l’image du gendarme statique derrière son bureau. La priorité est désormais à la mobilité et à la stratégie du « hors les murs ». Pour Damien Cazé et les magistrats de la rue Cambon, les outils numériques ont « considérablement facilité l’action des gendarmes ». Le déploiement des terminaux Néo (smartphones sécurisés de 2ème génération) et des ordinateurs portables Ubiquity change la donne. Géolocalisation, rédaction de procédures en mobilité, consultation de fichiers à distance : la technologie permet aux militaires de s’affranchir des contraintes immobilières pour aller au contact des citoyens, dans les tiers-lieux ou les espaces France Services.
Pourtant, cette modernisation bute encore sur des obstacles administratifs. Si la plainte dématérialisée progresse, la numérisation de bout en bout n’est pas achevée. Surtout, la « visio-plainte », prévue par le code de procédure pénale et expérimentée dans la Sarthe, tarde à se généraliser. Faute de textes réglementaires finalisés et d’un retour de la CNIL, ce dispositif prometteur, qui éviterait aux victimes de se déplacer pour les faits les moins graves, reste au milieu du gué. La Cour recommande son déploiement d’ici 2026.
Le succès paradoxal de la Brigade numérique.
Au cœur de ce dispositif, la Brigade numérique (BNUM), installée à Rennes depuis 2018, fait figure de tour de contrôle. Disponible jour et nuit, elle a traité plus d’un million de conversations par « tchat » depuis sa création, avec une croissance soutenue de 28 % par an. Elle héberge notamment le portail de signalement des violences conjugales, sexistes et sexuelles, ainsi que la Plateforme nationale d’aide aux victimes (PNAV).
Cependant, ce succès d’audience inquiète les observateurs. Le rapport souligne un risque réel de saturation. Sur les milliers de sollicitations, seuls 2,6 % concernent des signalements graves via la PNAV. La grande majorité des flux relève de questions triviales : recrutement, incidents de livraison de colis ou renseignements administratifs. Le danger pointé par le rapport est clair : que les appels au secours des victimes de violences ou de discriminations soient noyés dans la masse des demandes anecdotiques.
Garantir la sécurité de demain.
Pour l’institution, le défi est désormais de clarifier sa stratégie. Il s’agit de sécuriser le traitement prioritaire des alertes sensibles pour que le numérique ne soit pas un filtre, mais bien un accélérateur de prise en charge. La « révolution digitale » ne doit pas se faire au détriment de la qualité de la réponse opérationnelle. Comme le rappelle le document, si 96 % des usagers jugent le temps d’attente numérique satisfaisant, la technologie doit rester un outil au service de l’humain, en complément indispensable d’un maillage territorial qui, bien que distendu, reste la colonne vertébrale de la sécurité en zone gendarmerie.


