PARIS : Politique – La violence s’impose comme…
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PARIS : Politique – La violence s’impose comme une stratégie de communication
Selon l’analyste François Gombert, la brutalité a remplacé l’argument dans le débat public, devenant une méthode politique systémique.
Dans une analyse publiée ce 5 mai, l’expert en communication stratégique François Gombert décrypte une dérive alarmante de la scène politique française. Selon lui, la violence verbale et physique n’est plus un simple dérapage, mais s’est institutionnalisée en une véritable norme de communication, une méthode délibérée pour imposer des idées en court-circuitant le débat démocratique. Ce constat s’appuie sur une série d’événements survenus au cours des six dernières semaines, qui dessinent un paysage politique national sous haute tension.
Une escalade de la violence physique et verbale
La démonstration de François Gombert s’ouvre sur le drame de Lyon, où Quentin Carde, un jeune homme de 23 ans, a été lynché à mort en pleine rue alors qu’il assurait un service d’ordre pour des militantes. L’ultragauche est pointée du doigt dans cette affaire qui a conduit à la suspension de plusieurs campagnes municipales.
Cette violence physique se double d’une violence institutionnelle et verbale. À Saint-Denis, le nouveau maire LFI, Bally Bagayoko, élu avec 50,77 % des voix, a publiquement théorisé une forme d’épuration idéologique au sein de son administration. « Les fonctionnaires sont avant tout des gens qui répondent à une commande politique. Celles et ceux qui ne sont pas en phase avec le projet politique, forcément, ils partiront », a-t-il déclaré à la télévision. Ces propos ont provoqué une mise en demeure du ministre David Amiel et le dépôt de 90 demandes de mutation parmi les 160 policiers municipaux de la ville.
Le débat public s’est également envenimé sur les plateaux de télévision. En réaction à cette déclaration, des propos tenus sur la chaîne CNews à l’encontre de Bally Bagayoko, comparé à un membre de « la famille des grands singes » par un psychologue, ont entraîné la saisine de l’Arcom et l’ouverture d’une enquête pour injures à caractère raciste par le parquet de Paris.
Une méthode, pas un dérapage
Pour François Gombert, cette séquence ne relève pas de l’anecdote ou du fait divers. « C’est un système », analyse-t-il, qui possède sa propre « logique de communication ». Il estime que le personnel politique et les commentateurs se trompent en analysant ces événements sous un angle purement politique, ignorant la dimension stratégique de la communication qui les sous-tend. La brutalité n’est plus un accident, mais un outil pensé pour saturer l’espace médiatique et disqualifier l’adversaire sans avoir à argumenter sur le fond. L’objectif est de remplacer le débat d’idées par un rapport de force.
Les élus locaux en première ligne
Cette montée des tensions a des conséquences directes sur les élus locaux, qui sont de plus en plus exposés. Selon une récente étude de l’Association des Maires de France (AMF) et du Cevipof, 15 % des maires déclarent aujourd’hui ressentir un climat d’insécurité directement lié à l’exercice de leurs fonctions. Les chiffres confirment cette perception : 85 % des atteintes aux personnes signalées en zone gendarmerie ciblent spécifiquement les maires, leurs adjoints et les conseillers municipaux. Des scènes de huées, d’invectives et de manœuvres d’obstruction lors des conseils municipaux d’installation se sont d’ailleurs multipliées à travers la France.
La présidentielle de 2027 en toile de fond
Cette stratégie de la tension s’inscrit, selon l’analyse, dans un calendrier politique national. L’annonce par Jean-Luc Mélenchon, le dimanche 3 mai sur le plateau du journal de TF1, de sa candidature à l’élection présidentielle de 2027, en est une illustration. Le choix du lieu et des personnalités pour son premier meeting de campagne est particulièrement symbolique. Celui-ci est prévu le 7 juin prochain à Saint-Denis, aux côtés de Bally Bagayoko, que le leader de La France Insoumise présente comme l’incarnation de la « Nouvelle France ». Un choix qui semble valider et intégrer les récentes polémiques dans une stratégie de conquête du pouvoir à long terme, où la polarisation et la confrontation remplacent le dialogue.


