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PARIS : Pierre HAZAN : « La coexistence judéo-arabe était une réalité quotidienne »
À paraître le 6 mai, le livre de Pierre Hazan explore deux siècles de cohabitation judéo-arabe à travers son histoire familiale.
Attendu en librairie le 6 mai prochain aux éditions Textuel, l’ouvrage intitulé « Les Juifs, les Arabes, ma famille et moi » propose une plongée inédite dans les méandres du Proche-Orient. Son auteur, Pierre Hazan, y livre un récit qui se veut aussi intime que politique, avec pour ambition de retracer deux siècles d’une cohabitation complexe entre populations juives et arabes.
Une quête des origines en terre arabe
Le point de départ de cet essai historique et biographique réside dans un besoin d’introspection face à une mémoire qui s’efface. L’auteur s’interroge sur le point de bascule qui a conduit à la fracture géopolitique actuelle.
« J’appartiens à la dernière génération de Juifs nés en terre arabe et j’ai ressenti le besoin de me retourner sur ceux qui y ont vécu avant moi. Depuis quand les dés avaient-ils commencé à rouler pour arriver à cette épouvantable tragédie ? Est-ce que tout était perdu d’avance ? Je me suis plongé dans deux siècles d’histoire à travers l’itinéraire de quelques personnes de ma famille », explique Pierre Hazan.
Quatre destins, deux siècles d’histoire
Pour comprendre cette évolution, le récit s’articule autour de quatre figures d’aïeux, dont les parcours illustrent les bouleversements du 19ème siècle et du 20ème siècle. Le lecteur découvre d’abord Moshe le rabbin. En 1843, cet ancêtre quitte Jérusalem à dos d’âne pour aller combattre les idées des Lumières en Europe. Il en reviendra à moitié convaincu, finissant par prendre le parti du monde arabe contre les influences de Londres et de Paris.
L’histoire familiale se poursuit avec son grand-oncle Daoud, décrit comme un révolutionnaire. Ce dernier fut le co-fondateur du tout premier parti indépendantiste égyptien en 1907. Son engagement lui valut d’être condamné à mort par les autorités britanniques, avant de bénéficier d’une grâce. Fait notable de sa biographie, ce militant indépendantiste égyptien était également sioniste.
Vient ensuite Maurice, le grand-père maternel de l’auteur. Son existence illustre la complexité identitaire d’une époque charnière, assumant simultanément ses racines arabes, juives et britanniques dans un Proche-Orient qui commence à s’enflammer au cours des années 1940.
Enfin, le livre dresse le portrait de son père, Elie. Suite à la guerre de Suez en 1956, ce dernier s’efforce de retarder l’échéance d’un exil sans retour. Une période tragique marquée par le chassé-croisé des exodes, où des centaines de milliers de Palestiniens sont chassés de leurs terres, tandis que vient le tour des Juifs du monde arabe de subir le déracinement.
L’expertise d’un spécialiste des conflits
Au-delà de la fresque familiale, ce livre s’appuie sur le regard d’un professionnel aguerri des relations internationales. Pierre Hazan exerce en effet en tant que conseiller sur les questions de justice, d’amnistie, de réparations, de commissions vérité, de disparitions forcées, de droit pénal international et de droits de l’homme auprès du Centre pour le Dialogue humanitaire. Il est par ailleurs l’auteur de plusieurs ouvrages spécialisés, dont « Négocier avec le diable. La médiation dans les conflits armés » paru chez Textuel en 2022, « Du bon usage de l’amnistie dans les processus de paix » en 2020, et « La Paix contre la justice ? » en 2010.
À travers cette œuvre mémorielle, le spécialiste des processus de paix lance un appel à repenser l’avenir à l’aune de ce passé partagé.
« Même si l’héritage des Juifs d’Orient a largement disparu, je veux me rappeler qu’il a existé. Et s’il a existé, il peut exister à nouveau sous une forme qui reste à inventer. La coexistence judéo-arabe n’était pas un concept pour Moshe, Daoud, Maurice et Elie : elle était une réalité quotidienne », conclut l’auteur.