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PARIS : Philosophie – Sophie DJIGO analyse la crimina…

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PARIS : Philosophie – Sophie DJIGO analyse la criminalisation de la solidarité

Dans un nouvel ouvrage, la philosophe Sophie Djigo explore la criminalisation croissante de la solidarité, un principe universel désormais menacé.

Le concept de solidarité, pierre angulaire du pacte social, fait face à un paradoxe grandissant : alors que son universalité est proclamée, sa mise en pratique est de plus en plus souvent criminalisée. C’est le constat que dresse la philosophe de terrain Sophie Djigo dans son nouvel essai, intitulé « Repenser le principe universel de solidarité », qui se propose de décrypter les mécanismes à l’œuvre derrière ce phénomène contemporain. L’ouvrage s’appuie sur une démarche rigoureuse pour interroger les forces qui, aujourd’hui, cherchent à entraver l’entraide.

Un principe universel sous tension

L’autrice identifie une offensive menée par ce qu’elle qualifie de « forces néolibérales et néofascistes » visant à restreindre le champ de la solidarité. Cette tendance se manifeste de multiples façons, à la fois sur le plan pénal et moral. Le plus connu est sans doute le « délit de solidarité », qui sanctionne l’aide apportée aux personnes en situation irrégulière. Mais la philosophe élargit son analyse à d’autres domaines, comme la répression des mouvements de soutien à la cause palestinienne ou encore les accusations de séparatisme portées contre des initiatives solidaires dans les quartiers populaires. Selon son analyse, ces attaques idéologiques assimilent l’aide à l’autre à un crime, sapant les fondements mêmes des droits humains.

Trois enquêtes de terrain pour redéfinir l’entraide

Fidèle à son approche de « philosophie de terrain », Sophie Djigo articule sa réflexion théorique à des études de cas concrètes. Son livre se fonde sur trois enquêtes approfondies qui illustrent la complexité de la situation. La première se penche sur la frontière franco-britannique, théâtre quotidien de drames humains et de gestes solidaires réprimés. La deuxième examine un procès emblématique de la solidarité en Belgique, mettant en lumière les rouages judiciaires de cette criminalisation. Enfin, la troisième enquête plonge au cœur des quartiers populaires de Roubaix pour y analyser les pratiques d’entraide locales et la manière dont le pouvoir politique tente d’imposer des formes de solidarité jugées « légitimes », au détriment des initiatives citoyennes. L’objectif est de proposer une redéfinition du principe de solidarité, pour faire vivre une entraide sans frontières.

Un combat intellectuel et judiciaire

La pertinence de cette analyse trouve un écho particulier dans le parcours personnel de l’autrice. Les 30 et 31 mars derniers, Sophie Djigo a comparu à la 17ème chambre du Tribunal de Paris pour attaquer en diffamation l’homme politique Éric Zemmour ainsi que plusieurs cadres du Rassemblement National. Cette action en justice fait suite à une violente campagne de cyberharcèlement, d’insultes et même de menaces de mort explicites, en réaction à son engagement en faveur des migrants. Si cette affaire n’est pas directement évoquée dans son livre, ce dernier constitue, selon le communiqué, une « réponse extra-judiciaire » aux attaques dont elle a été la cible, démontrant que la criminalisation des solidarités n’est pas qu’un concept abstrait.

Sophie Djigo est directrice de programme de recherche au Collège international de philosophie et fondatrice du collectif Migraction59. Spécialiste reconnue des questions migratoires, elle a déjà publié plusieurs ouvrages, dont « Les Migrants de Calais » (Agone, 2016) et « Penser avec la frontière » (D’une rive à l’autre, 2024).