PARIS : Philippe GOUJON : « On était paniqués, on faisait a…
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PARIS : Philippe GOUJON : « On était paniqués, on faisait avec les moyens du bord »
Mediapart révèle que le maire du 15ème a octroyé 200 000 € de marchés de masques à son gendre en 2020, au mépris des règles de déontologie.
Selon une enquête publiée le 6 février par Mediapart, le maire Les Républicains du 15ème arrondissement de Paris, Philippe Goujon, aurait attribué pour plus de 200 000 euros de marchés publics à l’entreprise de son gendre durant la crise sanitaire de la Covid-19. Ces révélations interviennent à deux mois des élections municipales, alors que l’élu, en poste depuis 2008, est un soutien majeur de Rachida Dati pour la mairie de Paris. Il ne conteste pas les faits, mais invoque l’urgence de la situation.
200 000 euros de masques commandés en famille
Au cœur de la pénurie de masques en 2020, la mairie du 15ème arrondissement a passé plusieurs commandes auprès de la société Atelier Nord. Cette entreprise de textile, opportunément reconvertie dans la fabrication de masques, était alors dirigée par Clément C., le gendre de Philippe Goujon. Au total, entre avril et novembre 2020, près de 80 000 masques en tissu ont été commandés pour un montant global dépassant les 200 000 euros.
D’après les documents consultés par Mediapart, le maire se serait personnellement impliqué dans les négociations, échangeant par courriel et SMS avec son gendre sur les tarifs. L’enquête souligne que l’élu n’a jamais jugé nécessaire de se déporter pour éviter un conflit d’intérêts, sa signature figurant sur certaines des factures. À l’époque, Philippe Goujon avait fait de la distribution de masques un argument de campagne, critiquant la gestion de la maire de Paris, Anne Hidalgo.
Une défense fondée sur l’urgence sanitaire
Interrogé par Mediapart, Philippe Goujon reconnaît les faits mais les justifie par le contexte exceptionnel. « On a consulté plusieurs entreprises et c’est celui qui était le meilleur et le plus avantageux financièrement », a-t-il affirmé, sans toutefois fournir de preuve d’un appel d’offres ou d’une mise en concurrence. Il ajoute avoir agi pour « sauver des vies », martelant : « Les gens mouraient quand même si on respectait toutes les procédures administratives ».
Si le gouvernement avait assoupli certaines règles des marchés publics en relevant le seuil d’appel d’offres à 100 000 euros, les obligations déontologiques des élus restaient en vigueur. La charte de la ville de Paris stipule que les agents et élus doivent « éviter toute situation de conflit d’intérêts » et, le cas échéant, « se garder de toute implication dans le marché correspondant ». L’élu a par ailleurs admis avoir déjà fait appel à l’entreprise de son gendre pour des campagnes électorales précédentes.
Une affaire étendue à la Région Île-de-France
Le système familial ne se serait pas arrêté à la mairie du 15ème. Alexandra Dublanche, fille de Philippe Goujon et vice-présidente de la Région Île-de-France, serait intervenue pour que la société Atelier Nord soit référencée dans le catalogue des fournisseurs de la collectivité dirigée par Valérie Pécresse.
Bien qu’elle assure avoir transmis la proposition « sans recommandation particulière tout en étant transparente sur le lien familial », un courriel adressé à son beau-frère le 20 avril 2020, révélé par Mediapart, contredit cette version : « Coucou Clément, transmis à notre service achat en demandant d’y apporter une attention particulière ». L’ex-gendre de Philippe Goujon, sollicité, a quant à lui déclaré : « J’ai fait confiance à des gens qui étaient supposés mieux connaître la loi que moi ».
Notes de frais et voiture de fonction en question
L’enquête met également en lumière d’autres pratiques de l’élu. Il est présenté comme le maire d’arrondissement le plus dépensier en notes de frais, avec des repas dans des restaurants de luxe, dont une note de 554 euros pour deux couverts au palace Peninsula en juin 2022. Des bouteilles de vin à prix élevé et des « menus enfant », qu’il s’est engagé à rembourser, figurent également sur ses notes.
Enfin, l’usage de sa voiture de fonction avec chauffeur aurait été étendu à sa famille pour des déplacements privés, notamment des trajets à l’aéroport ou pour un baptême, sans que le maire soit présent. Des faits que l’élu a fini par reconnaître, évoquant « deux ou trois fois » dans des « circonstances extrêmes ». Ces révélations jettent une lumière crue sur la gestion de l’élu, alors même que Rachida Dati, qu’il soutient, promettait en novembre de « mettre fin » aux abus et de contrôler « chaque euro pour une gestion exemplaire », rappelant que « l’argent public n’est pas une caisse personnelle ».
via Press Agence.