PARIS : Philippe COLEON : « L’éducation, seule vérita…
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PARIS : Philippe COLEON : « L’éducation, seule véritable digue contre les dangers des réseaux sociaux »
À la veille de l’examen d’une loi sur les mineurs, Acadomia révèle un sondage Odoxa montrant les ados prêts à limiter leur usage des réseaux sociaux.
Alors que le Sénat s’apprête à examiner, ce mardi 31 mars 2026, une proposition de loi visant à renforcer la protection des mineurs face aux risques des réseaux sociaux, le débat sur l’efficacité des mesures purement législatives est relancé. Dans ce contexte, l’organisme de soutien scolaire Acadomia publie les résultats d’un sondage mené avec l’institut Odoxa, apportant un éclairage sur la perception des jeunes eux-mêmes. Pour Philippe Coléon, cofondateur et président d’Acadomia, si l’interdiction est une avancée, elle ne saurait constituer une solution durable sans un investissement massif dans l’éducation au numérique.
Des adolescents conscients et prêts à la modération
Loin des clichés d’une jeunesse passivement dépendante, l’enquête réalisée en 2025 révèle une maturité surprenante chez les plus jeunes. Les résultats du sondage Acadomia-Odoxa montrent en effet que les collégiens sont majoritairement ouverts à une régulation de leurs propres pratiques. Parmi les moins de 15 ans interrogés, un tiers (34 %) se déclare prêt à cesser complètement d’utiliser les réseaux sociaux.
Plus significativement encore, une large majorité accepte l’idée de restrictions concrètes : 59 % sont favorables à une limitation de leur temps de connexion à une heure par jour, et 76 % consentiraient à ne plus consulter ces plateformes après 21 heures. Cette disposition des adolescents trouve un écho puissant chez leurs aînés, puisque le sondage indique que 79 % des parents se disent favorables à une interdiction totale des réseaux sociaux avant l’âge de 15 ans, soutenant ainsi l’esprit de la loi à venir.
L’interdiction, une mesure nécessaire mais insuffisante
Philippe Coléon salue l’initiative parlementaire mais appelle à ne pas céder à une vision simpliste. « L’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans est une excellente nouvelle mais elle ne peut se suffire à elle-même », prévient-il. L’expérience internationale, notamment en Australie, montre les limites d’une approche exclusivement coercitive. « Les ados trouveront vraisemblablement des moyens de la contourner, on le voit avec ce qui se passe en Australie avec l’usage de VPN et de fausses identités… », souligne le président d’Acadomia.
Pour lui, l’enjeu principal n’est pas seulement d’empêcher l’accès, mais de préparer les jeunes à un usage raisonné, car l’interdiction ne fait que différer la confrontation avec ces outils. L’unique rempart pérenne réside dans la pédagogie et le développement de l’esprit critique.
La pédagogie comme arme face aux algorithmes et à l’IA
L’approche défendue par Acadomia est résolument éducative. « Il faut expliquer aux ados comment les réseaux sociaux, leurs algorithmes et les entreprises qui les conçoivent fonctionnent et se rémunèrent », insiste Philippe Coléon. Comprendre les mécanismes de captation de l’attention et les modèles économiques basés sur les données personnelles est, selon lui, la clé pour que les jeunes puissent exercer un regard critique sur les contenus et maîtriser leur utilisation, minimisant ainsi les impacts sur leur santé mentale et physique.
Cette urgence éducative s’étend désormais aux nouveaux outils d’intelligence artificielle. Philippe Coléon met en garde contre une répétition des erreurs passées. « Nous avons mis 15 ans à prendre la mesure de notre erreur et sacrifié une génération sur le sujet des réseaux sociaux. Combien de temps va-t-il falloir pour que l’on prenne des mesures de sensibilisation et d’éducation aux chatbots IA ? », interroge-t-il. Il conclut en soulignant la responsabilité partagée : si l’enseignement de ces compétences peut se faire à l’école, l’éducation au sens large demeure le rôle des parents, qui ont eux-mêmes parfois besoin d’être accompagnés pour mener à bien cette mission essentielle. Le texte de la proposition de loi, déposé le 25 mars 2026, est accessible sur le site du Sénat.


