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PARIS : Peut-on choisir sa famille ?

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Floriane Dumont
25 Déc 2023

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PARIS : Peut-on choisir sa famille ?

C’est la question que nous nous sommes posés dans notre nouveau numéro.

Pour le comprendre, nous avons interrogé Christophe André et Geoffroy de Lagasnerie, l’un est médecin psychiatre, l’autre est sociologue, et ils ont des réponses… très différentes.

Du côté de celles et ceux qui font, Laurent Audry, directeur d’un dispositif d’accompagnement éducatif en milieu ouvert, nous parle de ces familles qu’il reçoit. Le Refuge, Parrains par Mille, le Relais Parents Enfants, tous à leur manière essaient de faire tenir ces cellules humaines qui sont certes un refuge, mais aussi pour certains le lieu des secrets.

Mokhtar Amoudi publie son premier roman Les conditions idéales aux éditions Gallimard, dans lequel il raconte l’enfance et l’adolescence d’un garçon : Skander, placé et déplacé par l’aide sociale à l’enfance, l’ASE. Son destin oscille alors entre deux forces d’attraction : la rue et ses rêves d’enfant. Mokhtar Amoudi, récompensé par le 2e prix Goncourt des détenus le 14 décembre dernier, nous confie les secrets de la fabrication de son roman.

« J’avais envie de faire un vrai roman, un vrai truc, mon livre monde. J’ai pris ça très au sérieux, je n’ai jamais rien pris autant au sérieux de ma vie que ce livre. Je me suis sacrifié pour l’écrire parce que j’ai laissé de côté mon ambition professionnelle. »

La première question que nous avons eu envie de vous poser en refermant le livre, c’est : est-ce que c’est votre histoire ?

Mokhtar Amoudi : C’est mon histoire dans le sens où j’ai travaillé deux sujets, l’aide sociale à l’enfance et la banlieue.

Donc oui, je le confesse, j’ai été cet enfant placé très jeune en famille d’accueil, qui était fort à l’école et qui s’est ensuite fait avoir par la petite musique de la banlieue, du quartier. Ça veut dire rester dehors et découvrir la violence, d’abord exercée sur soi puis, pour qu’elle cesse, on l’exerce sur les autres.

Je sais où j’ai grandi, mais j’ai préféré raconter cette histoire sous la forme d’un roman. D’abord parce que ça correspond à ce que je lis, puis je trouve que le roman permet de faire vivre le personnage au-delà de mon histoire personnelle. Je ne voulais pas que la question, même si elle est inévitable (est-ce que c’est son histoire ?), se pose en permanence au lecteur. Et puis le roman ça permet le voyage, aller au-delà de soi, et c’est important cette dimension-là, dans cette histoire-là.

Votre livre commence par cette phrase énigmatique : «J’avais rien demandé»…

Mokhtar Amoudi : Cette phrase est très importante pour moi ! Parce que mon personnage n’a rien demandé…

La seule chose qui caractérise ce jeune garçon au début du livre, c’est l’école, avoir de bonnes notes et on verra après. C’est un enfant qui va ensuite passer par des phases successives d’abandon qui vont le marquer. On l’abandonne plusieurs fois et, chaque fois, on lui impose de changer d’identité, oublier qui il est pour se reconstruire de zéro. C’est très violent pour un enfant qui n’a rien demandé…

Lire l’entretien intégral dans respect 08