PARIS : Pénuries – L’alerte sur les « médicamen…
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PARIS : Pénuries – L’alerte sur les « médicaments matures » qui pourraient disparaître
Caroline Jacquin, directrice de CHEPLAPHARM France, alerte sur le risque structurel de voir disparaître des traitements essentiels et peu chers.
Les pénuries de médicaments ne sont plus un phénomène rare et ne concernent plus seulement les thérapies innovantes. Une menace plus silencieuse, mais tout aussi préoccupante, pèse désormais sur des traitements anciens, éprouvés et massivement prescrits : les « médicaments matures ».
Caroline Jacquin, Directrice générale de CHEPLAPHARM France, tire la sonnette d’alarme sur ce qui constitue, selon elle, « l’un des angles morts de notre souveraineté sanitaire ».
Le risque n’est plus ponctuel, il devient structurel. Derrière ces tensions d’approvisionnement se cache une fragilisation économique de médicaments qui forment pourtant le socle de l’arsenal thérapeutique quotidien des médecins et des hôpitaux.
Des traitements essentiels devenus vulnérables
Antibiotiques, anti-infectieux, traitements cardiovasculaires… Ces médicaments, connus depuis des décennies, partagent un point commun : leur prix, souvent très bas, est le fruit de baisses successives imposées par les autorités de santé. Si cette politique a permis de maîtriser les dépenses, elle atteint aujourd’hui ses limites et produit un effet pervers.
« C’est précisément leur maturité et leur faible coût qui les rendent vulnérables », explique Caroline Jacquin.
La rentabilité de leur production s’érode sous le poids d’une triple pression : des prix administrés très bas, une pression fiscale constante et une forte dépendance à des chaînes de production délocalisées hors d’Europe, principalement en Asie. Dans ce contexte, pour un laboratoire, maintenir la commercialisation d’un traitement essentiel peut devenir économiquement insoutenable.
Le paradoxe du prix bas, créateur de pénurie
Le mécanisme est simple : lorsque le prix de vente d’un médicament ne permet plus de couvrir ses coûts de production, de distribution et de mise en conformité réglementaire, les fabricants sont contraints de rationaliser leurs portefeuilles. L’arbitrage conduit alors à l’abandon des produits les moins rentables, même s’ils restent indispensables pour des milliers de patients.
« Un prix trop bas finit par menacer l’existence même du médicament sur le marché. Nous assistons à une lente érosion de l’offre, qui pourrait à terme conduire à la disparition pure et simple de certaines références essentielles », prévient la directrice générale.
Cette situation crée un risque majeur pour la continuité des soins.
Un enjeu de souveraineté pour la France et l’Europe
La crise sanitaire de la Covid-19 a mis en lumière la dépendance stratégique de l’Europe en matière de produits de santé. Le cas des médicaments matures illustre parfaitement cette fragilité. Sécuriser les approvisionnements de ces traitements ne relève plus seulement d’un enjeu de santé publique, mais d’une véritable question de souveraineté nationale et européenne.
Pour les acteurs du secteur, il est urgent de repenser la doctrine publique. Il ne s’agit pas de remettre en cause la maîtrise des coûts, mais d’introduire des mécanismes de régulation plus fins, capables de garantir la viabilité économique des médicaments indispensables et d’encourager le maintien de sites de production sur le continent.
Quels risques concrets pour les patients ?
Les conséquences d’une disparition progressive de ces médicaments seraient directes et multiples. Pour les patients, cela signifierait l’obligation de se tourner vers des alternatives thérapeutiques qui ne sont pas toujours aussi bien tolérées ou efficaces. Pour les médecins et les pharmaciens, cela se traduirait par une complexification de la prise en charge, une perte de temps et un stress accru dans la gestion quotidienne des traitements.
Enfin, pour les hôpitaux, déjà sous tension, la gestion de ruptures d’approvisionnement sur des médicaments de base (anesthésiques, anti-infectieux hospitaliers) représente un défi logistique et un risque pour la sécurité des soins. Selon Caroline Jacquin, des leviers existent pour inverser la tendance, mais ils nécessitent une prise de conscience et une action coordonnée des pouvoirs publics et des industriels.
via Presse Agence (rédigé à partir d’un communiqué de presse transmis à la rédaction).


