PARIS : Olivier BERNARD : « La souveraineté numérique ne co…
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PARIS : Olivier BERNARD : « La souveraineté numérique ne consiste pas à tout rendre souverain »
Face à la dépendance technologique critique envers les États-Unis, le cabinet Meritis appelle les entreprises à anticiper les scénarios de rupture.
La question de la souveraineté numérique européenne quitte la sphère purement politique pour devenir une urgence opérationnelle au sein des entreprises. À l’occasion des Rencontres sur la Souveraineté Numérique, organisées en début de semaine, Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l’Intelligence Artificielle et du Numérique, a insisté sur la nécessité impérieuse pour l’Europe de quantifier ses dépendances aux technologies américaines. Cette volonté politique, matérialisée par le projet de création d’un observatoire et d’un indice de résilience numérique, résonne fortement avec les préoccupations actuelles des Directeurs des Systèmes d’Information (DSI).
Pour le cabinet de conseil en technologies Meritis, cette dépendance n’est plus un concept géopolitique abstrait, mais un risque direct pesant sur la continuité d’activité. Cloud, messagerie, outils collaboratifs ou systèmes de paiement : les briques critiques des systèmes d’information européens restent majoritairement sous pavillon américain.
Une vulnérabilité illustrée par des cas concrets
La prise de conscience s’est accélérée ces derniers temps suite à des incidents révélateurs. Le cas de Nicolas Guillou, magistrat français spécialiste du droit international, a marqué les esprits : privé soudainement de ses moyens de paiement et de l’accès à plusieurs services numériques américains, dont son compte Amazon, il a fait l’expérience de la fragilité de l’utilisateur face aux géants de la tech.
Bien que cet épisode soit individuel, il agit comme un révélateur pour les organisations. Il démontre la vulnérabilité des structures face à des services qu’elles ne maîtrisent ni techniquement, ni juridiquement. Une rupture de service, qu’elle soit technique ou décidée unilatéralement par le fournisseur, peut paralyser des pans entiers de l’activité économique.
Le dilemme du cloud souverain
Dans ce paysage complexe, l’annonce récente par Amazon Web Services (AWS) d’un projet de cloud « souverain » en Europe a relancé les débats. Si cette initiative valide l’importance stratégique du sujet, elle interroge sur la définition même de la souveraineté lorsque les technologies et la gouvernance restent extra-européennes.
« Le cloud est aujourd’hui une brique centrale des systèmes d’information. La question n’est plus de savoir s’il faut y recourir, mais comment structurer son usage pour protéger ce qui est réellement critique », explique Olivier Bernard, Head of Cloud & Infrastructure chez Meritis.
L’expert pointe le pragmatisme nécessaire face à la domination technologique d’outre-Atlantique : « Les acteurs américains disposent d’une avance indéniable en matière d’innovation. En revanche, ils ne peuvent pas, par nature, incarner la souveraineté numérique européenne. À l’inverse, l’Europe possède cette légitimité souveraine, mais doit encore combler un retard sur certains services stratégiques », souligne Olivier Bernard.
Segmenter pour mieux régner
Face à ce constat, la stratégie du « tout souverain » apparaît comme une chimère. L’enjeu pour les entreprises n’est pas de s’isoler technologiquement, mais de construire une résilience opérationnelle. Meritis observe une augmentation significative des demandes d’audits de dépendance, particulièrement depuis 2025.
La méthodologie préconisée repose sur trois piliers :
* L’identification précise des données et services vitaux pour l’entreprise.
* La définition d’architectures hybrides ou multi-fournisseurs pour éviter le verrouillage technologique (vendor lock-in).
* L’anticipation des scénarios de rupture pour limiter les impacts en cas de coupure.
« La souveraineté numérique ne consiste pas à tout rendre souverain. Ce serait irréaliste et contre-productif. En revanche, ne pas identifier ses dépendances critiques, ne pas segmenter son système d’information, ne pas classifier ses données et ne pas anticiper les scénarios de rupture constitue aujourd’hui un risque majeur », conclut Olivier Bernard.
Un acteur en forte croissance
Fondée en 2007, Meritis (https://meritis.fr/) s’est imposée comme un acteur clé du conseil en technologies. Avec un chiffre d’affaires supérieur à 100 millions d’euros en 2024, l’entreprise accompagne de grands groupes tels que la Société Générale, BNP Paribas, Airbus ou encore la SNCF dans leurs transformations numériques.
Le cabinet, qui compte plus de 1 000 collaborateurs, déploie son expertise depuis Paris et plusieurs grandes villes françaises (Sophia-Antipolis, Montpellier, Nantes, Bordeaux, Aix-en-Provence, Lille), ainsi qu’à Lisbonne depuis 2023. Ses domaines d’intervention couvrent la cybersécurité, le Cloud, la Data et l’intelligence artificielle, des secteurs où la question de la souveraineté est désormais centrale.

