PARIS : Notation financière – La France conserve son…
Partager :
PARIS : Notation financière – La France conserve son « AA » mais sa dette publique et son déficit restent sous surveillance
L’agence Morningstar DBRS maintient la note AA de la France, soulignant sa résilience économique face aux défis de la dette et du déficit.
L’agence de notation de crédit Morningstar DBRS a confirmé ce vendredi 20 mars 2026 la note souveraine de la France à « AA » pour ses émissions de dette à long terme, tant en devises étrangères que locales. La perspective associée à cette note demeure « Stable », un signal qui, selon l’agence, reflète un équilibre entre les atouts solides de l’Hexagone et les risques persistants qui pèsent sur ses finances publiques.
Malgré un contexte international marqué par de multiples vents contraires ces dernières années, l’économie française a démontré une résilience notable. Cette confirmation de note s’appuie sur les fondamentaux d’une économie riche et diversifiée, des institutions publiques jugées saines et une gestion efficace de la dette.
Une économie résiliente malgré les vents contraires
Face au ralentissement du commerce mondial, au durcissement de la politique monétaire et à un environnement économique maussade en Europe, notamment chez son partenaire clé allemand, la France a su tirer son épingle du jeu. En 2025, la croissance du PIB réel a atteint 0,9 %, un chiffre supérieur aux prévisions du gouvernement qui tablaient sur 0,7 %. Cette performance a été principalement portée par la dépense publique et les exportations, en particulier dans les secteurs de l’aéronautique et de la construction navale.
Pour 2026 et 2027, le gouvernement anticipe une croissance respective de 1,0 % et 1,2 %. Ces prévisions reposent sur une reprise de la consommation privée, stimulée par une inflation maîtrisée (0,4 % en janvier 2026, contre 1,7 % pour la zone euro) qui devrait encourager les ménages à puiser dans leur épargne, dont le taux a atteint le niveau élevé de 17,9 % fin 2025. L’agence note cependant que des risques, comme une persistance des tensions au Moyen-Orient et son impact sur les coûts de l’énergie, pourraient assombrir ces perspectives.
Un assainissement budgétaire retardé et sous pression politique
Le principal point de vigilance demeure la situation des finances publiques. L’assainissement budgétaire a été plusieurs fois reporté. Après un déficit de 5,8 % du PIB en 2024, le plus élevé de la zone euro, le gouvernement table sur 5,4 % en 2025 et vise 5,0 % pour 2026. Ces objectifs, bien que marquant une volonté de consolidation, restent supérieurs aux trajectoires initialement prévues. La France est d’ailleurs sous le coup d’une procédure pour déficit excessif engagée par la Commission européenne depuis l’été 2024.
L’échéance de l’élection présidentielle de 2027 pourrait freiner la capacité du gouvernement à faire adopter de nouvelles mesures de réduction des dépenses, rendant plus incertain l’objectif d’un déficit de 4 % en 2027 et d’un retour sous la barre des 3 % en 2029.
La dette élevée, un fardeau croissant
Conséquence directe de ces déficits, la dette publique a considérablement augmenté, passant de 98,2 % du PIB en 2019 à une estimation de 115,9 % en 2025. Morningstar DBRS relaie des prévisions indiquant que ce ratio pourrait atteindre 119 % en 2027 avant d’entamer une lente décrue. Cette dette élevée expose le pays à la hausse des taux d’intérêt, avec une charge de la dette qui, selon le FMI, pourrait grimper à 2,8 % du PIB en 2028, contre 1,3 % en 2020.
Ce risque est toutefois atténué par une gestion de la dette jugée « très solide, flexible et proactive ». L’État a profité des taux bas pour allonger la maturité moyenne de sa dette à 8,5 ans, ce qui permet un passage plus graduel et moins brutal de la hausse des taux sur les coûts de financement.
Stabilité financière et fragmentation politique
Sur le plan de la stabilité, le système bancaire français est considéré comme solide et bien capitalisé, capable d’absorber des chocs potentiels. Les risques liés au marché immobilier sont également jugés contenus, notamment grâce à un modèle de crédit majoritairement basé sur des prêts à taux fixes et de longue durée.
Cependant, la note de la France reste contrainte par une fragmentation politique croissante depuis les élections législatives de 2022 et 2024. L’instabilité gouvernementale, marquée par la chute des gouvernements Barnier en décembre 2024 et Bayrou en septembre 2025, a complexifié l’adoption des budgets et des réformes. L’agence prévient qu’une absence d’amélioration du climat politique, qui entraverait durablement la mise en œuvre des politiques économiques et budgétaires, pourrait conduire à une dégradation de la note si le ratio de dette continuait de grimper vers 125 %.
L’analyse complète est accessible via le tableau de bord des indicateurs de Morningstar DBRS (https://dbrs.morningstar.com/research/476858). L’approche de l’agence concernant les facteurs Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) est détaillée dans un rapport dédié (https://dbrs.morningstar.com/research/454196).