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PARIS : Nicolas JEFFS : « Janvier 2028 : la bombe à retarde…

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PARIS : Nicolas JEFFS : « Janvier 2028 : la bombe à retardement du DPE »

L’expert immobilier Nicolas Jeffs alerte sur les conséquences de l’interdiction de location des logements classés F prévue pour janvier 2028.

Le Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) a changé de nature. Conçu initialement comme un simple outil d’information destiné aux acheteurs et aux locataires, il s’est transformé, au gré des réformes successives, en un puissant instrument de sélection, voire d’exclusion, au sein du parc immobilier français. Dans une tribune publiée ce jour, Nicolas Jeffs, spécialiste immobilier, expert en bâtiment et auditeur énergétique, dresse un constat alarmant sur la situation actuelle et les échéances à venir.

Le choc des logements G : un précédent douloureux

Depuis le 1er janvier 2025, l’interdiction de louer des logements classés G est entrée en vigueur. Selon l’expert, cette décision, sous ses abords techniques, dissimule une « réalité brutale ». Près de 1,5 million de biens se sont retrouvés fragilisés, subissant une dépréciation pouvant atteindre 20 % lors de la vente.

« Des propriétaires ont été contraints de vendre dans l’urgence, d’autres de lancer des travaux coûteux sans visibilité claire, beaucoup ont simplement subi une règle imposée sans accompagnement à la hauteur », analyse Nicolas Jeffs. Si l’État a fini par ajuster la méthode de calcul du DPE pour repêcher certains logements, cette réaction face au risque de pénurie locative est jugée tardive. « Ceux qui avaient anticipé ont payé le prix fort, tandis que les règles évoluaient en cours de route », déplore l’analyste.

4 à 5 millions de logements menacés en 2028

L’histoire pourrait se répéter avec une ampleur décuplée. L’échéance de janvier 2028 vise désormais les logements classés F. Nicolas Jeffs prévient : « Cette fois, ce ne sont plus 1,5 million, mais 4 à 5 millions de logements qui sont concernés ».

L’expert pose la question de la soutenabilité d’une telle mesure pour le parc locatif national : « Allons-nous vraiment accepter un retrait aussi massif du parc locatif ? Ou serons-nous, comme pour les G, contraints de corriger la trajectoire dans l’urgence ? ». Pour lui, la question dépasse désormais le cadre écologique pour devenir sociale, économique et politique, engageant la capacité collective à loger dignement les Français.

Un marché immobilier sous contraintes

Cette « bombe à retardement » s’inscrit dans un contexte déjà tendu. Encadrement des loyers, instabilité fiscale, multiplication des normes et complexification juridique forment un environnement de plus en plus contraint. « À force de légiférer sans vision globale ni capacité opérationnelle à rénover à grande échelle, nous fragilisons durablement le marché du logement », affirme Nicolas Jeffs. Il pointe du doigt une méthode législative où la réalité économique force l’ajustement de la loi, mais « toujours trop tard, et trop souvent au détriment des propriétaires comme des locataires ».

Privilégier l’incitation à la sanction

Pour éviter que janvier 2028 ne devienne le moment où « l’on aura organisé, par la loi, une crise du logement évitable », l’expert plaide pour un changement de cap immédiat. Sa recommandation est claire : remplacer l’interdiction par l’accompagnement et la sanction par l’incitation.

Cela nécessite, selon lui, la mise en place d’un calendrier réaliste, le déploiement d’aides réellement accessibles et une politique de rénovation en adéquation avec les capacités réelles du marché. Nicolas Jeffs conclut en appelant à une prise de conscience rapide pour désamorcer cette crise annoncée.