PARIS : Nathalie CHAILLOU : « Les États sont hantés par leu…
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PARIS : Nathalie CHAILLOU : « Les États sont hantés par leurs traumatismes historiques »
Nathalie Chaillou lance la psychogénéalogie des États, une discipline pour analyser les traumatismes historiques qui guident les nations.
Et si les États, à l’image des familles, étaient prisonniers de leur passé, répétant inlassablement des stratégies vouées à l’échec ? C’est le postulat audacieux du projet « Réparer les États-Nations », porté par Nathalie Chaillou, diplômée de Sciences Po. Cette initiative introduit une discipline de recherche inédite, la psychogénéalogie des États, visant à décrypter comment la mémoire collective et les traumatismes historiques non résolus influencent les décisions politiques contemporaines. Face aux crises qui se succèdent, cette approche propose une nouvelle grille de lecture pour comprendre pourquoi les nations peinent à sortir de leurs impasses.
Des schémas de répétition inconscients
Malgré la multiplication des indicateurs et des modèles prédictifs, de nombreux États persistent à appliquer des solutions qui ont déjà montré leurs limites : centralisation accrue, quête effrénée de croissance, renforcement du contrôle. Pour Nathalie Chaillou, cette constance ne relève pas d’un manque d’intelligence des dirigeants, mais d’héritages profonds et souvent inconscients. Les nations ne sont pas des entités neutres ; elles se sont construites sur des récits fondateurs, des conflits et des révolutions qui forgent des réflexes collectifs transmis de génération en génération.
Le projet illustre ce mécanisme avec l’exemple des États-Unis, où la tentation récurrente d’acquérir de nouveaux territoires, comme l’a montré l’intérêt récent pour le Groenland, s’ancre dans une histoire nationale façonnée par l’expansion. Cette logique repose sur le mythe d’une croissance infinie censée apaiser les tensions internes, une stratégie qui devient contre-productive dans un monde aux ressources limitées. La question n’est donc plus seulement de savoir ce que font les États, mais pourquoi ils s’obstinent dans des voies qui aggravent les problèmes.
La psychogénéalogie, une nouvelle grille de lecture
Pour répondre à cette question, le projet transpose à l’échelle des nations les outils de la psychogénéalogie, une méthode initialement développée pour comprendre la transmission des traumatismes familiaux. L’idée centrale est que ce qui n’a pas été conscientisé tend à se répéter. Appliquée aux États, cette approche repose sur plusieurs postulats : une nation possède une mémoire collective structurée, certains événements historiques agissent comme des traumatismes non résolus, et ces derniers conditionnent durablement les choix politiques, souvent de manière invisible pour ceux qui les perpétuent. Loin de vouloir « psychologiser » la géopolitique, cette démarche vise à enrichir les analyses classiques en intégrant la dimension de la mémoire longue.
Le projet « Réparer les États-Nations », dont les travaux sont accessibles sur le site Histoires d’une réparation (https://www.histoiresdunereparation.fr), s’appuie sur un socle théorique pluridisciplinaire solide, convoquant les travaux d’historiens comme Jean-Philippe Genêt, de sociologues comme Thomas Ertman, mais aussi les apports de la psychologie historique d’Ignace Meyerson et de la psychogénéalogie de Françoise Dolto et Anne Ancelin Schützenberger.
Un cas d’étude pour inaugurer la « réparation » : la France
Après une première phase de diagnostic visant à identifier les schémas de répétition de plusieurs pays, le projet entre dans une nouvelle étape : celle de la « réparation ». Il ne s’agit pas d’apporter une solution miracle, mais d’entamer un processus consistant à rendre visibles les héritages qui conditionnent les décisions, afin d’ouvrir la voie à d’autres trajectoires.
Pour des raisons pédagogiques, la France a été choisie comme premier cas d’étude. Son histoire, marquée par une forte centralisation du pouvoir, un rapport singulier à l’autorité étatique et des ruptures politiques majeures, en fait un terrain d’analyse particulièrement pertinent. L’objectif est de développer une méthode explicative claire, qui pourra ensuite être transposée à d’autres contextes nationaux.
Une démarche pour outiller les citoyens
Porté par Nathalie Chaillou, dont l’expérience internationale en Angleterre, aux États-Unis et à Hong Kong nourrit une vision globale, ce projet est le fruit de plus de dix ans de recherche. Son ambition est d’offrir une analyse objective des forces en présence, sans prendre parti, afin de fournir aux citoyens des outils pour repenser leur propre modèle de gouvernance. Pour favoriser cette appropriation, la nouvelle phase du projet s’accompagne d’un dispositif de diffusion repensé, avec des vidéos suivies de sessions de questions-réponses avec l’autrice. Le parcours de Nathalie Chaillou est détaillé sur son profil professionnel (https://www.linkedin.com/in/nathalie-chaillou-a0055020/).