PARIS : Nathalie CHAILLOU : « Les États répètent leurs erre…
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PARIS : Nathalie CHAILLOU : « Les États répètent leurs erreurs par traumatisme historique »
Nathalie Chaillou lance la psychogénéalogie des États, une discipline inédite pour analyser les traumatismes historiques qui dictent les crises actuelles.
Face aux conflits en Ukraine, aux tensions au Moyen-Orient ou aux crises sociales, une constante déroute les analystes : la répétition par les États de stratégies qui ont déjà démontré leurs limites. Pour comprendre cette persistance, le projet « Réparer les États-Nations », piloté par Nathalie Chaillou, propose une approche radicalement nouvelle. Selon cette initiative, les décisions politiques ne seraient pas seulement le fruit de calculs rationnels, mais aussi d’héritages invisibles, de traumatismes historiques non résolus qui continuent de conditionner les choix des dirigeants contemporains.
Une grille de lecture au-delà de la géopolitique classique
Si les analyses géopolitiques et économiques classiques sont nécessaires, elles omettent une dimension cruciale : la mémoire collective des nations. Le projet postule que les États-Nations, loin d’être des entités neutres, sont façonnés par des récits fondateurs, des révolutions ou des effondrements qui ancrent des réflexes profonds. Ces schémas se transmettent de génération en génération, souvent de manière inconsciente, et guident les réponses aux crises.
L’exemple des États-Unis est éclairant. La tentation récurrente d’acquérir de nouveaux territoires, illustrée par l’intérêt manifesté pour le Groenland, n’est pas un caprice isolé. Elle s’inscrit dans une logique historique d’expansion, ancrée dans la croyance qu’une croissance infinie peut résoudre les tensions internes. Or, dans un monde aux ressources finies, ce réflexe historique devient contre-productif. La question n’est donc plus seulement de savoir ce que font les États, mais de comprendre pourquoi ils persistent dans des voies qui aggravent les problèmes.
La psychogénéalogie des États : un nouvel outil d’analyse
Pour explorer ces mécanismes, le projet introduit une discipline inédite : la psychogénéalogie des États. Dérivée de l’approche développée pour les familles par des figures comme Françoise Dolto ou Anne Ancelin Schützenberger, cette méthode transpose à l’échelle nationale l’idée que les traumatismes non conscientisés se répètent. L’approche repose sur plusieurs postulats : un État possède une mémoire collective structurée, certains événements agissent comme des traumatismes non résolus, et ces derniers influencent durablement les choix politiques, souvent à l’insu même des acteurs qui les reproduisent.
Loin de vouloir « psychologiser » les relations internationales de manière simpliste, cette discipline vise à compléter les outils existants. Elle s’appuie sur un socle théorique pluridisciplinaire solide, convoquant aussi bien les historiens de la genèse des États modernes (Jean-Philippe Genêt, Alain Guéry), les sociologues anglo-saxons (Thomas Ertman, Randall Collins), l’économiste Joseph Stiglitz que des sinologues (Anne Cheng) pour éviter une lecture purement occidentale.
Du diagnostic à la réparation : le cas de la France
Le projet « Réparer les États-Nations » entre dans une nouvelle phase, passant du diagnostic à la « réparation ». Il ne s’agit pas de proposer des solutions miracles, mais d’engager un processus visant à rendre visibles les héritages qui conditionnent les décisions afin d’ouvrir de nouvelles trajectoires possibles. Les premières étapes, consacrées à l’identification des schémas de répétition, sont accessibles via des vidéos sur le site du projet.
La France a été choisie comme premier cas d’étude pour cette phase de réparation. Son histoire étatique longue, marquée par une forte centralisation, un rapport singulier à l’autorité et des ruptures politiques majeures, en fait un terrain d’analyse particulièrement riche. L’objectif est d’utiliser ce cas comme une matrice explicative pour développer une méthode transposable à d’autres nations. Le projet, dont l’ensemble des travaux est consultable sur le site Histoires d’une réparation (https://www.histoiresdunereparation.fr), propose désormais des sessions de questions-réponses avec Nathalie Chaillou pour accompagner ses vidéos, favorisant ainsi une compréhension collective.
Une expertise interdisciplinaire au service du projet
À l’origine de cette démarche se trouve Nathalie Chaillou, diplômée de Sciences Po et de Sup de Co Bordeaux. Son parcours international, qui l’a menée au Royaume-Uni, aux États-Unis et à Hong Kong, lui confère un regard global sur les enjeux contemporains. Ce projet est l’aboutissement de plus de dix ans de recherches interdisciplinaires visant à offrir une analyse objective des dysfonctionnements structurels des nations, avec pour ambition de fournir aux citoyens les outils nécessaires pour repenser leurs modèles de gouvernance.

