PARIS : Narcotrafic, l’intervention d’Aurélien…
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PARIS : Narcotrafic, l’intervention d’Aurélien Pradié à l’Assemblée nationale
L’Assemblée nationale a entamé cette semaine l’examen de la proposition de loi visant à « sortir la France du piège du narcotrafic ».
Aurélien Pradié, député du Lot, est particulièrement mobilisé sur le sujet. Il a déposé plusieurs amendements et pris la parole dans l’Hémicycle. Il considère que le texte ne va pas assez loin au regard de la gravité de la situation et dénonce par ailleurs deux fléaux parallèles au narcotrafic, dont il est particulièrement urgent de prendre la mesure : le trafic d’armes et la corruption.
« Lutter contre le narco-banditisme ne consiste plus à livrer seulement des batailles de sécurité publique mais une bataille de civilisation. Si la République n’est pas capable de mener cette bataille identitaire, alors elle perdra la guerre ».
AURÉLIEN PRADIÉ
Député du Lot
Conseiller régional d’Occitanie
Élu municipal de Cœur-de-Causse.
INTERVENTION D’AURÉLIEN PRADIÉ, DÉPUTÉ DU LOT
ASSEMBLÉE NATIONALE
MARDI 18 MARS 2025
Madame la Présidente,
Messieurs les Ministres,
Mesdames et messieurs les députés,
Depuis plus d’une décennie, la France est en proie à une guerre nouvelle dont la montée en puissance a déjà dépassé les seuils d’alerte. Face à cette crise, la parole politique semble se déployer chaque jour ou presque. Mais sommes-nous vraiment à la hauteur de cette menace vitale qui se déploie sous nos yeux ?
Trois fléaux ont pris racines dans les profondeurs de notre pays.
La corruption est le premier fléau. Elle devient, année après année, un mal systémique qui ronge une part de nos institutions et de notre administration.
La corruption au sein des institutions judiciaires, policières et politique est un fléau dont on peine pourtant en France à prendre conscience.
En juin 2023, une greffière du tribunal de Saint-Nazaire est arrêtée pour avoir transmis des informations à un trafiquant. En janvier 2024, près de neuf personnes, dont un fonctionnaire de la police aux frontières à l’aéroport d’Orly, ont été mises en examen dans une affaire de trafic de cocaïne et de cannabis. En 2024, c’est une magistrate qui est mise en examen avec près de onze chefs d’inculpation pour ses liens avec le grand banditisme. Il en va de même pour plusieurs élus.
Considérer que notre Pays et notre État sont en proie à un sabotage corruptif peut sembler excessif. C’est pourtant la réalité.
Un véritable proto-État alternatif à notre démocratie et à l’État français se structure et s‘organise chaque jour un peu plus.
Le trafic de drogue pèse aujourd’hui entre 3 et 6 milliards d’euros ; c’est colossal.
L’argent massif de la drogue ne connait ni frontière territoriale, ni limite hiérarchique ou sociale, il peut acheter et vassaliser des dockers, des bagagistes, des forces de l’ordre, des magistrats, des préfets, et des élus de la République.
Le second fléau est celui de la circulation et du trafic d’armes dans notre Pays. En 2024, 110 personnes sont mortes et 341 ont été blessées dans des violences en lien avec le narcotrafic.
Le temps où l’accès aux armes de guerre était réservé au grand banditisme est révolu.
Le trafic d’armes en France connait une croissance alarmante. En 2022, 8027 armes ont été saisies par les autorités françaises, contre 7330 en 2021. Parmi ces 8027 armes, 297 étaient des armes de catégorie A, à savoir des armes de guerre.
Des fusils d’assaut AK-47, des pistolets-mitrailleurs et des armes de poing. Elles proviennent de pays instables comme la Libye, la Syrie, mais aussi l’Ukraine qui alimentent les marchés noirs français.
Aux frontières, notamment avec l’Est de l’Europe, les contrôles sont quasi inexistants.
Les conséquences du trafic d’armes sont catastrophiques. Les actes de violence se banalisent avec des règlements de compte en pleine journée à l’arme de guerre. À Avignon, Montpellier, Marseille, Dijon, Nîmes. Pour imposer leur domination territoriale, les groupes criminels ne reculent devant rien y compris dans le recrutement de tueurs à gages de plus en plus jeunes.
Enfin, il y a un dernier fléau : la corruption morale de notre pays.
Ce combat, c’est un combat identitaire. C’est un combat culturel. Peut-être même le combat d’une civilisation. Les narcotrafiquants ne menacent plus seulement l’ordre public. Ils menacent désormais notre modèle de société.
Autour du narcotrafic s’est progressivement installé une société alternative, avec ses codes et sa culture. Loin d’être marginal, ce modèle est porté par une culture magnifiée de la criminalité au travers du cinéma, de films à succès et de séries grand public, de la musique et de ses clips, des réseaux sociaux mais aussi de l’esthétique conquérante de la violence.
Dans cet environnement, des pseudos codes d’honneur sont revendiqués. Les armes de guerre sont glorifiées. Les exécutions et la perte de valeur de la vie humaine sont érigées en règle de vie. La corruption des esprits et des individus, depuis l’intérieur de nos institutions et de notre État, jusqu’à une partie de la classe politique qui revendique l’acte de deal et de la consommation sans aucune honte, contribue à l’éco système du narcotrafic. C’est une société post-républicaine qui se structure et prospère sur les ruines de notre propre identité et de nos valeurs.
À force du recul de la République, de la Nation, de la démocratie et de l’État de droit, nous n’affirmons plus rien. Le crime devient une offre alternative d’affirmation. Le djihadisme islamiste a prospéré sur nos lâchetés et nos abandons. C’est au tour du crime organisé et du narcotrafic d’envisager la construction d’un narco État contre l’État républicain.
Au milieu de nos débats techniques et opérationnels, je veux alerter : la bataille que nous avons à mener contre la drogue, contre le trafic d’armes et contre la corruption est une bataille de civilisation. Il est presque déjà très tard.
Réarmer un pays nécessite un réarmement moral. Sans cela, tout ne sera que pansement sur une jambe de bois. Depuis l’éducation de nos enfants, jusqu’à la chasse intraitable à l’usage et à la consommation de la drogue y compris dans les rangs politiques, tout doit être réorienté vers l’affirmation d’un modèle de société qui s’habitue lentement aux armes, à la drogue et au crime.
Sans lucidité, il n’y a pas de vrai courage politique.

